Design et espaces de travail, vers plus de flexibilité ?

Design et espaces de travail, vers plus de flexibilité ?

Notre société de plus en plus numérisée et connectée a permis l’essor de nouveaux usages en matière de travail – usages par ailleurs encouragés par la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et l’évolution des pratiques. Comment les architectes et designers participent-ils à cette réflexion ? Tour d’horizon des projets créés pour adapter l’espace aux mutations contemporaines du travail.

Penser les espaces de travail
En 2002, alors que la « révolution digitale » en était à ses balbutiements, les frères Bouroullec posaient les premiers jalons d’une réflexion sur l’aménagement des espaces de travail. Avec « Joyn », éditée chez Vitra, le bureau est flexible, devient « un outil de management », reflet d’une culture du travail en évolution. Dotée d’une structure mobile et modulaire, ce bureau repense les interactions entre collègues de travail grâce à sa flexibilité. « L’idée initiale était de considérer les centaines de mètres carrés d’espaces de bureau dans lesquels une quinzaine de personnes travaillaient afin de leur fournir un cadre de vie, parce que l’on «vit» dans son bureau », explique Ronan Bouroullec dans une interview publiée sur leur site.

Principales ambitions de ce projet : permettre la discussion, créer une potentielle proximité entre collègues, offrir du calme pour se concentrer mais aussi pour se détendre. Les deux designers, qui s’intéressent largement à cette question ont poursuivi leurs réflexions sur les espaces de travail avec le projet Net’n’Nest (Vitra). Ici, les designers dessinent un outil de travail qui permet de créer des espaces de travail et de repos sans transformer le bâti existant. Ses projets questionnent l’espace des aménagements professionnels, dévoilant une volonté de mixer espaces ouverts et cloisonnés et qui sait, de mettre en question le modèle hégémonique de l’open space.

Design et travail à domicile

Mobilier Coalesse/ Photos by Frederic Baron-Morin & Anne-Emmanuelle Thion

Le cloisonnement devient d’autant plus pertinent qu’avec le travail à domicile, la frontière entre vie privée et vie professionnelle s’estompe. Le design peut avoir pour fonction de la redessiner, répondant au passage à d’autres problématiques comme celle du manque d’espace. Pour répondre aux besoins des travailleurs à domicile, des solutions design se mettent en place. Quelques designers et marques conceptualisent ainsi du mobilier modulable : la marque Coalesse fondée en 2008 à San Francisco, a lancé en France fin 2012 une gamme de mobilier «Crossover » soit des objets qui font fusionner travail et vie privée. Résultat : une collection de tables et sièges de conférence bas, étudiée pour créer une nouvelle façon d’interagir et de collaborer ou encore une table d’appoint portable et rétractable pour ordinateur portable.

D’autres imaginent des cabanes design à installer au fond du jardin… Des solutions de micro-habitat (OfficePod, Cosy Cube, Green Office Archipod, Mon bureau dans mon jardin) illustrent les innovations qui sont réalisées en matière d’architecture pour accompagner ses mutations des modes de vie, à des coûts relativement élevés. Un exemple ? Un habitat de 9m2 chez Cosy Cube est accessible à partir d’environ 15.000€…Ces micro-structures répondent à deux préoccupations : le besoin d’un espace de travail identifié comme tel chez soi mais aussi celui de vivre dans un environnement éco-responsable plus proche de la nature …

Développement des tiers-lieux
Aussi, la question du design d’espace se pose dans le cadre de travail nomade. Le terme de néo-nomadisme se développe et fait écho aux nouveaux lieux du travail. Désormais, on travaille chez soi mais aussi dans un café ou dans un espace de coworking. On parle alors de tiers-lieux, des troisièmes lieux entre travail à domicile et travail en entreprise : Le site Néo-nomade a recensé plus de 4 000 tiers-lieux de travail (hôtels, centres d’affaires, lieux dédiés aux travailleurs et les « lieux de médiation numériques »).

Ainsi, certains cafés et restaurants ont emboité le pas de cette tendance, Starbucks en tête dont le positionnement marketing est d’offrir une atmosphère conviviale dans laquelle il est possible de s’installer pour travailler. En créant un cadre confortable en accès libre doté d’espaces adaptés et modulables et en mettant à disposition un Wi-Fi de bonne qualité, le café du coin devient un lieu prisé pour les travailleurs nomades. Même stratégie pour la célèbre enseigne McDonald’s qui propose notamment un accès WiFi, un choix important de journaux et des prises électriques à disposition…

Toutefois, parmi les inconvénients pointés du doigt par les néo-nomades : le bruit et la proximité avec une clientèle qui vient aussi pour se détendre. Un aspect que souligne Yasmine Abbas, architecte DPLG qui s’intéresse aux questions de mobilité et de travail, « ces nouvelles formes du travail n’en demeurent pas moins anxiogènes. Si l’on peut travailler en dehors d’un bureau avec des collègues, il n’est pas vrai que l’on puisse travailler partout. Selon la nature du travail, collaboratif ou individuel, le besoin d’intimité, la culture du milieu dans lequel l’espace se greffe, son bagage culturel, ou son statut (salarié ou indépendant)… certains espaces seront plus appropriés que d’autres. »

Déborah Antoinat

Pour en savoir plus : Le néo-nomadisme par Yasmine Abbas

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