geothermie aux USA

Vers une production d’énergie décentralisée

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Le gouvernement a lancé un débat national sur la transition énergétique dont la concertation actuelle prévoit d’aboutir à une synthèse en juillet prochain, et à une loi au parlement à l’automne 2013. L’occasion pour midi : onze de questionner notre modèle énergétique à l’aune du développement des énergies renouvelables et des réseaux intelligents de type Smart Grids.

Pour une énergie « décarbonée »

La réflexion actuelle sur la transition énergétique et le durable à l’échelle des villes et des territoires posent la question de la reterritorialisation de l’énergie. En effet, la transition énergétique annoncée par le gouvernement implique de réaliser 20 % d’économies d’énergie et porter la part des énergies renouvelables à 20 % de la consommation d’énergie à l’horizon 2025. Du fait des aspects de stockage et de transport, les énergies renouvelables favorisent davantage des petits systèmes locaux, à contre-courant du modèle actuel centralisé et ultra nucléarisé. De plus, ses « énergies de flux » prennent place directement sur les toitures, terrasses, murs, ou via les fondations (géothermie, puits canadien).

Ainsi, la décentralisation de la question énergétique est inscrite à l’ordre du jour du débat sur la transition énergétique ; François Hollande ayant par ailleurs annoncé, lors de son allocution le 5 octobre 2012 devant les États généraux de la démocratie territoriale du Sénat, que « l’Etat devra partager avec le bloc communal, la responsabilité de la transition énergétique ». Alors que peu de choses filtrent sur le volet énergie de la future loi de décentralisation (le projet de loi est prévu en novembre), des acteurs locaux se penchent de plus en plus sur la possibilité de faire de leur territoire un site de production d’énergie renouvelable, qui est par essence locale, afin de participer aux besoins énergétiques locaux.

Des initiatives commencent à se mettre en place. A Auch (Gers), le maire Franck Montaugé a ainsi développé une entreprise de biogaz capable de couvrir les besoins annuels de 4000 habitants, soit 16% de la consommation de la ville. Autre exemple : Le « pacte électrique breton » mis en place en 2010, qui permet de couvrir 10% des consommations en Bretagne grâce à une meilleure maitrise de l’énergie, à la production d’énergies renouvelables et à la sécurisation de l’approvisionnement électrique.

Cette stratégie énergétique et économique fait écho aux travaux de Jeremy Rifkin, économiste et prospectiviste américain, dont l’ouvrage La Troisième Révolution Industrielle (Éditions Les Liens qui libèrent, 2012) fait grand bruit. Lors de son passage à Lille le 15 mai dernier dans le cadre d’un séminaire au conseil régional Nord-Pas-de-Calais (il conseille notamment la région Nord-Pas-de-Calais sur la transition énergétique), il a de nouveau développé ce qui s’annonce selon lui comme le paradigme énergétique de demain : celui d’une économie distribuée soit un nouveau modèle économique fondé sur la conjugaison d’Internet et des énergies renouvelables où chaque entreprise, bâtiment ou véhicule devient un acteur de l’énergie . Le 2ème pilier de la Troisième Révolution Industrielle prône un modèle dans lequel chaque bâtiment devient un centre de production énergétique autonome qui peut distribuer sa production en réseau de type smartgrid grâce au principe de l’Internet des objets. Le but : optimiser sa consommation, distribuer le surplus aux bâtiments voisins et prélever de l’énergie quand le bâtiment en manque.

Fin du centralisme énergétique ?

Cette approche questionne le modèle capitaliste centralisé mis en place après la seconde guerre mondiale. Cette période instaure en effet une nationalisation de nombreux secteurs stratégiques dont l’électricité et le gaz et le lancement de grands programmes nucléaires et hydrauliques. « Il est fondamental de prendre en compte l’héritage politique et énergétique français organisé autour d’un Etat fort et centralisé », estime Vincent Pichon, chef de projet chez BeCitizen, cabinet de conseil en stratégie Économie Positive, ajoutant que « Pour EDF, l’optimum économique est rendu possible par la centralisation, et le nucléaire assure les enjeux de compétitive et de coût ».

EDF, client de ce cabinet de conseil, a bien compris l’intérêt de s’intéresser à l’évolution du modèle énergétique français. Il y contribue notamment à travers l’expérimentation actuelle du smart grid, soit 300.000 compteurs intelligents appelés Linky et actuellement installés dans deux agglomérations-tests : Lyon et Tours. Les économies d’énergie annoncées sont comprises entre 10 et 20%. La validation et la généralisation de ce type d’objets devraient être effectives aux alentours de 2017.

Dans une interview à Libération en février 2013, Jeremy Rifkin déclarait : « notre message aux gros distributeurs de gaz et d’électricité est : au lieu de vendre autant d’électrons que possible, facilitez le déploiement du nouveau réseau énergétique décentralisé. Et payez-vous en facturant sa gestion et en prélevant un pourcentage sur les économies réalisées par vos clients. »

Transfert de compétences

Dans une logique de production décentralisée, on envisage de réaliser une production énergétique différente en fonction des avantages et des inconvénients des territoires, en fonction des atouts naturels et industriels des régions : filière bois, hydraulique, photovoltaïque ou encore éolien…

Le Scénario négaWatt, qui se fonde sur le triptyque sobriété-efficacité-renouvelables, démontre qu’il est possible en France de diviser par 16 les émissions de CO2 d’origine énergétique, de réduire la dépendance actuelle aux énergies fossiles d’ici 2050, et d’abandonner le nucléaire en à peine plus de deux décennies. De quoi torde le coup à l’idée défendue par certains que la France ne peut se passer d’une énergie nucléaire ultra centralisée et représentant aujourd’hui près de 75 % des ressources énergétiques nationales. Dans une interview accordée à Actu-environnement en 2012, Thierry Salomon, président de l’association Négawatt souligne que « la tradition centralisatrice de l’État français a peur de perdre la maîtrise du réseau, alors que les pays à culture plus territoriale comme l’Espagne, l’Allemagne, le Danemark ont su initier leur transition énergétique. Et la sortie du nucléaire continue à occulter le débat : on ne discute en France que d’électricité, pas de mobilité, pas de services énergétiques, pas de production d’énergie décentralisée sur nos territoires. »

Autre difficulté à lever pour réussir cet ambitieux défi énergétique : offrir aux acteurs régionaux les compétences techniques nécessaires. « La solution serait un équilibre entre un système centralisé pour assurer la base et une part importante accordée aux énergies renouvelables gérées de façon intelligente au niveau du quartier ou de la ville » estime Vincent Pichon. En avril dernier, dans le cadre du débat nation sur la transition énergétique, l’Association des communautés urbaines de France (ACUF) et l’Association des maires des grandes villes de France (AMGVF) ont par ailleurs rappelé que « les territoires urbains manquent à l’heure actuelle des leviers nécessaires à la définition et la mise en œuvre d’une véritable politique locale de l’énergie. […]Les grandes villes et leurs agglomérations doivent ainsi se doter d’un véritable service public de l’énergie, à l’égal des autres grands services urbains de transports, de l’eau, de l’assainissement ou de la collecte des déchets. »

Déborah Antoinat

Déborah est une journaliste multimédia, aussi à l'aise avec le web et le print que la vidéo. Ses domaines de prédilection couvrent la ville de demain, les modes de vies durables, l'économie sociale et solidaire et l'écologie au sens large.

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