Léa Donguy et Jens Denissen, fondateurs du Voyage métropolitain. © Géraldine Bouton

Le Voyage métropolitain : « La marche est un laboratoire de mobilité »

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En 2014, une géographe et un urbaniste, Léa Donguy et Jens Denissen fondent « Le Voyage métropolitain », un laboratoire de médiation territoriale qui propose d’explorer des territoires de la « métropole francilienne » à travers la marche.

1/ Comment est né Le Voyage métropolitain ?

Cette idée est née à Marseille où nous nous sommes rencontrés à l’occasion du projet « GR2013 » dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture. Il s’agit d’un un projet urbain et écologique qui donne à voir la complexité de la métropole marseillaise, entraînant les randonneurs sur des friches urbaines ou des zones industrielles. De retour à Paris, nous voulions mieux cerner les territoires parisiens méconnus et créer quelque chose de collectif. Le Voyage métropolitain a ainsi vu le jour.

2/ Comment se déroulent les marches urbaines ?

Chaque mois, une marche de 15 à 20 kilomètres est proposé sur un nouveau territoire. On détermine à l’avance le point de départ (une gare de l’Île-de-France) et le point d’arrivée. Notre échelle est la métropole francilienne, que l’on appréhende au sens géographique, à la limite entre le rural et l’urbain. Au début de chaque balade, on présente la démarche, on donne des cartes puis on part en « exploration ». A la fin de la journée, chaque participant prend la parole et on confronte les différents points de vue. C’est un moment de formalisation qui permet de passer de l’expérience à la connaissance.

Samedi 17 octobre 2015 Voyage Orly-Anthony : Rungis - territoire logistique © Jens Denissen
Samedi 17 octobre 2015
Voyage Orly-Anthony : Rungis – territoire logistique
© Jens Denissen

3/ A quel public vous adressez-vous ?

On aimerait toucher tout le monde en capacité de marcher ! Mais il faut reconnaître qu’en pratique il y a beaucoup d’architectes, d’urbanistes et de géographes lors de nos marches. On aimerait davantage pouvoir attirer les habitants eux-mêmes pour leur permettre de porter un nouveau regard sur ces espaces.

4/ Quelle est l’ambition de cette association ?

Déconstruire la perception du beau et du laid, en opposition à ce que l’on observe dans le tourisme traditionnel. On adopte une posture inverse en allant dans les tissus urbains diffus, où l’on peut véritablement découvrir des coins de paradis ! Ce qui est frappant que c’est que très souvent on nous demande «  que faites-vous là ? Il n’y a rien à voir » ! Notre ambition est de valoriser ces territoires « déclassés » à travers l’expérience de la marche.

5/ Quel est le dénominateur commun des différents territoires que vous sélectionnez ?

D’être en périphérie de l’urbain, entre le rural et l’urbain. On recherche des territoires diversifiés comprenant aussi bien des collines, des zones d’activités, des lacs, des zones pavillonnaires, des échangeurs ; le but est de changer régulièrement de typologie de lieux. Tout est « marchable » mais avec des degrés de confort différents ! Un jour, on a déjeuné à côté de la prison de Fleury, près d’une route et sous la pluie…et c’était sympa ! Notre approche permet aussi de reconsidérer la notion de « dépaysement », on ne va jamais raconté que l’on a vu un pylône, un ouvrage industriel mais on va considérer un ancien moulin hollandais. Il y a quelque chose de notre culture qui est intéressant à questionner !

Pique-nique partagé, Forêt régionale de Bondy. Voyage Le Raincy-Thorigny-sur-Marne : autour de l'aqueduc de la Dhuis, les 26 et 27 septembre 2015.
Pique-nique partagé, Forêt régionale de Bondy. Voyage Le Raincy-Thorigny-sur-Marne : autour de l’aqueduc de la Dhuis, les 26 et 27 septembre 2015.

6/ En quoi la marche permet d’appréhender différemment l’espace ?

Lorsque l’on marche longtemps, cela opère un changement physique dans le corps, entraînant ainsi des changements de perception. La marche permet la lenteur, un rythme différent de celui des transports, habituellement connu pour se déplacer à l’échelle de la métropole. Marcher permet de reconstruire petit à petit, et à une autre échelle ce qui fait le territoire.

7/ Vous travaillez à l’échelle de la métropole ; en quoi la marche est-elle une réponse pertinente de mobilité dans ce contexte ?Est-elle réellement adaptée à l’heure de la métropolisation ?

Elle permet de reterritorialiser des espaces fragmentés et les visualiser différemment et à une échelle très humaine. En marchant, on approche la topographie de la métropole et ses caractéristiques comme les vallées et on l’éprouve physiquement. Il y a une dimension sensible qui émerge. Et notre parti pris, c’est de sens servir de cette approche sensible pour lui donner une valeur de connaissance. La marche est un laboratoire de mobilité.

8/ La marche peut-elle contribuer à dessiner le Grand Paris ?

Nous avons travaillé avec AIGP, l’atelier international du Grand Paris dans le cadre de l’opération Grand Paris Climat lors de la COP 21 en décembre 2013 ; la marche s’est positionnée comme un outil pour faire l’expérience du territoire avant de le mettre en débat, un outil d’urbanisme pour introduire une nouvelle façon de faire la ville. Le Grand Paris est presque un label avec des dimensions administratives et juridiques qui ne recouvrent pas certaines réalités fonctionnelles. Nous interrogeons le Grand Paris dans sa dimension géographique.

Propos recueillis par Déborah Antoinat

 

Crédit photo de Une :Géraldine Bouton

Déborah est une journaliste multimédia, aussi à l'aise avec le web et le print que la vidéo. Ses domaines de prédilection couvrent la ville de demain, les modes de vies durables, l'économie sociale et solidaire et l'écologie au sens large.

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