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Mainstenant préfigure l’avenir des friches

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Ecolieux, éducation, agroécologie et émancipation, ces quatre mots pourraient résumer la démarche de l’association Mainstenant, née sur les braises de Nuit Debout. Architectes, urbanistes, étudiants, sociologues, entrepreneurs…, ils ont décidé de prendre en main le devenir du monde en faisant revivre des territoires en friche. Véritables explorateurs urbains, ils identifient des zones à l’abandon et se mettent en lien avec les pouvoirs publics. Six mois après le début de l’aventure, les premiers résultats sont plus qu’encourageants.

« Toujours des mots, encore des mots… parole, parole, parole »… C’est justement pour ne pas tomber dans la caricature des mouvements utopiques que les fondateurs de Mainstenant se sont tous relevé les manches pour que l’idée d’une ville reconnectée à ses campagnes puisse éclore plus rapidement. Ce collectif, devenu depuis peu une association, est aujourd’hui présidé par Nicolas Voisin, son cofondateur avec huit autres personnes. Celui qui à une autre époque s’est illustré en créant un média inédit, le défunt Owni, est totalement galvanisé quand il explique, très clairement, l’objectif d’une telle réunion de savoir-faire et d’esprits collaboratifs. « Une bonne partie d’entre nous s’est rencontrée à Nuit Debout. Pendant six mois nous avons lutté contre les institutions avec ce sentiment que cela ne suffisait pas, que nous n’allions pas gagner. Mais quitte à ne pas gagner tout de suite autant construire la suite du monde. Petit à petit s’est décantée cette idée d’aller travailler sur des lieux abandonnés avec une triple démarche : réappropriation des métiers traditionnels émancipateurs, création de classes buissonnières, reconnexion entre ville et campagne afin de nourrir les centres urbains grâce à la permaculture, l’aquaponie, les mini-fermes… » Et pourquoi ne pas faire des émules partout ailleurs en France tout en s’inspirant des démarches qui existent et qui sont convaincantes ?

Il ne faut pas être résigné. Nous inventons la suite. Je ne crois pas que cela soit utopique. Paradoxalement, c’est même plutôt dans l’air du temps. La plus âgée est architecte et travaille sur ces sujets depuis plus de trente ans. Le plus jeune a dix-neuf ans.

Réparer le monde

Maintenant, main dans la main (d’où le nom Mainstenant), ces néo-ruraux veulent donner leur chance aux générations futures de s’en sortir, de prendre en main leur futur alors même que le sens actuel de l’histoire ne joue pas en leur faveur. Nelson Mandela, a dit : « L’éducation est l’arme la plus puissante que vous pouvez utiliser pour changer le monde… ». C’est aussi le principal crédo de l’association. Ainsi, l’un des principaux objectifs est de parvenir à mettre en place ces fameuses écoles buissonnières afin d’accueillir des jeunes citadins une ou deux fois par semaine et de les mettre en contact avec la terre sur les deux premiers sites qu’ils expérimentent depuis l’été 2016 : « La plage » sur l’île du Platais (78) et l’ancienne piscine municipale d’Esbly (77). « Nous avons une whish list d’une dizaine de lieux en région parisienne sur lesquels nous nous documentons et deux lieux sur lesquels nous sommes désormais présents et avons entamés des discussions avec les habitants, les municipalités, et les propriétaires, explique Nicolas Voisin. La Marne et la Seine nous passionnent : il y a 250 îles dont un tiers ne sont pas occupées. Sur la Marne, il y a un potentiel incroyable car ce n’est pas une autoroute à bateau. La Seine, c’est plus compliqué… ».

Les difficultés ne proviennent pas essentiellement du trafic mais surtout du nombre d’interlocuteurs. Du côté de Platais, qui se situe à l’intersection de trois communes (Médan, Villennes-sur-Seine, Triel-sur-Seine) et se divise en deux parties (le village Physiopolis et « La Plage », un ancien complexe aquatique abandonné depuis le début des années 2000 et appartenant à des propriétaires privés), les démarches sont moins évidentes qu’à Esbly, où l’on s’achemine courant mars vers la signature d’une convention d’occupation précaire. Un projet à destination du conseil municipal a d’ailleurs été élaboré afin de se projeter durant les trois prochaines années. Il met en avant la réalisation d’une mini ferme, d’un espace de coworking, d’un fablab, d’espaces d’accueils pour les enfants dans les « soucoupes » en béton et de jardins de permaculture. Il y a donc deux dynamiques différentes et le collectif se fait un devoir de tout documenter sur les projets en cours d’une manière totalement transparente via son site Internet.

Ces lieux, nous les aimons tels qu’ils sont, le but n’est pas de les transformer totalement pour gentrifier un territoire.

Des « oasis de vivre-ensemble »

Actuellement, et en attendant le feu vert de la mairie d’Esbly pour débuter des chantiers participatifs, une dizaine de membres, dont certains ont même abandonné leur travail, se retrouvent régulièrement à Physiopolis, l’ancien village dit naturiste initié sur l’île du Platais par les Frères Durvilles, où un sympathique voisin leur a mis à disposition pour l’hiver un chalet. Ils en profitent pour faire des études de sols, envisager la réhabilitation de bungalows, la mise en terre d’un potager avant de lancer très prochainement une campagne de Crowdfunding. L’autre grand chantier de l’année, c’est la rédaction d’un rapport destiné aux maires de France, afin de leur montrer l’intérêt de valoriser des territoires abandonnés en « oasis de vivre-ensemble ». « Ces lieux, nous les aimons tels qu’ils sont, le but n’est pas de les transformer totalement pour gentrifier un territoire », insiste Nicolas Voisin. Comment éviter la gentrification ? Tout simplement en travaillant avec d’autres associations comme Aurore et les Grands Voisins sur du logement précaire et des chantiers de réinsertion. Le chemin est encore long, mais chaque semaine, le collectif séduit de nouveaux membres ou sympathisants avec des talents et des savoir-faire qu’ils sont prêt à partager. Quand on pense open-source, collaboration et environnement, l’avenir prend tout de suite une tournure plus salvatrice.

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