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Réduction des déchets : quels leviers ?

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Le 1er janvier 2017, le sac plastique à usage unique disparaissait totalement des commerces et supermarchés, et avec eux les emballages non-biodégradables pour l’envoi de la presse et de la publicité. L’occasion pour midionze de faire le point sur la gestion des déchets et les moyens, individuels et collectifs, d’en réduire significativement la part.

Le ramassage scrupuleux des ordures et leur disparition quasi magique hors de notre champ de vision nous ferait presque oublier la réalité : en France, un habitant rejette chaque année 458 kg de déchets en moyenne. Selon l’association Zero waste, qui vient de publier un ouvrage sur le sujet aux éditions Rue de l’échiquier, moins de 15% de ces ordures ménagères sont recyclées : « les 85% restants sont pour moitié stockés en décharge, pour moitié incinérés ». Avec les conséquences que l’on sait : pollution des sols et méthanisation génératrice de gaz à effet de serre dans le cas des déchets stockés, incitation au gaspillage et rejet de molécules polluantes pour l’incinération, sans parler des déchets volatiles dont l’accumulation va jusqu’à former dans les océans des « continents de plastique ». Encore cette comptabilité ne tient-elle compte que de la fin de vie des biens de consommation, et n’aborde-t-elle pas la montagne de ressources (en eau, matières premières, etc.) nécessaire à leur production. « Autrement dit, notre poubelle n’est que la partie émergée d’un iceberg de consommations de ressources et de production de déchets », résume l’ouvrage Le scénario Zero waste 2.0 : On passe à l’action !

Quels leviers activer pour mettre fin à une telle gabegie ? Pour les tentants du scénario Zéro waste, il s’agit d’appliquer un programme en trois points, les « 3R », qui sont autant de piliers de l’économie circulaire : réduire, réutiliser et recycler. Un programme à mettre en œuvre aussi bien chez soi qu’à l’échelle collective, et pour lequel nous listons ci-dessous quelques pistes.

Réduire ses déchets chez soi 

L’individualisme contemporain et le caractère au fond politique de tout acte de consommation invitent d’abord à aborder la question des déchets dans le cadre domestique. D’une telle démarche, les ouvrages Zéro déchet de Béa Johnson et La famille (presque) zéro déchet – Ze guide de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret fournissent le parangon.
couv_famille_zd_300Conçu comme un catalogue d’astuces et richement illustré, La famille (presque) zéro déchet – Ze guide (mais aussi le blog qui l’a précédé) liste ainsi par thématiques les actions à entreprendre pour réduire drastiquement le volume de sa poubelle, et avec lui les sources de pollutions domestiques. L’étendue des mesures proposées est vaste. Côté alimentation, l’ouvrage invite à réduire ses déchets à la source en privilégiant la vente en vrac, l’achat à la coupe et les produits frais, et bien sûr en fuyant les produits transformés et sur-emballés.  Il s’agit aussi, l’on s’en doute, de mettre en place un système de compostage. Côté ménage, le manuel fournit une liste de recettes pour fabriquer soi-même cosmétiques et produits d’entretien à base de savoir noir, de bicarbonate de soude ou de vinaigre blanc. Pour tout le reste (habits, jouets, cadeaux de Noël, etc.), il préconise les achats d’occasion et le DIY (Do it yourself). A chaque étape menant vers le « presque zéro déchet » (le livre conseille en effet d’y tendre de façon graduelle, pour éviter le découragement), les résultats sont évalués, et avec eux les économies financières générées. Au bout d’un an d’expérimentation, la famille zéro déchet comptabilise ainsi un ensemble de 25 kg de déchets domestiques, auxquels s’ajoutent 10kg d’entretien voiture. Soit une réduction de 91% par rapport à la moyenne nationale.

Si la démarche a le mérite de poser comme nécessaire l’implication des individus dans tout processus de réduction des déchets (« sois le changement que tu veux voir en ce monde », disait Gandhi), elle élude aussi ce qu’il entre de systémique dans leur production. Son impact s’en trouve nécessairement limité : l’effort que doivent fournir les ménages soucieux de réduire le volume de leur poubelle dans un environnement si peu favorable à une telle visée en réserve la mise en œuvre à une maigre communauté de « croyants ». De fait, qui a accès à un magasin de vente en vrac ? Quelle part des ménages urbains vivant en habitat collectif peut y installer un compost, et quel usage en faire en l’absence d’espaces verts ? Laver les couches, faire soi-même sa lessive, ses yaourts et le goûter des enfants est-il compatible avec un emploi chronophage ? Dans ces conditions, ne faut-il pas mobiliser aussi les entreprises, les collectivités, les industries, les institutions autour d’un scénario global de réduction ? Autrement dit, ne faut-il pas s’affronter aux sphères de la production, de la gestion et du recyclage ?

 

Les meilleurs déchets sont ceux qu’on ne produit pas

Cette extension du « scénario Zero Waste » à l’ensemble de la société constitue précisément l’objectif de l’association du même nom. Aussi aborde-t-elle le problème à sous un angle très large où s’articulent consommations individuelles, politiques publiques, activités économiques et conception industrielle. Elle identifie ainsi diverses échelles d’action – du domicile au territoire.

upcycleLe scénario « Zero Waste » se fonde d’abord sur un postulat simple : « les meilleurs déchets sont ceux qu’on ne produit pas. » C’est donc bien selon lui du côté de l’offre que l’essentiel de la partie se joue. Pour l’association, ne pas produire engage d’abord les sphères de la conception et de la production. Premier levier en la matière : la lutte contre l’obsolescence programmée, et plus largement contre l’obsolescence technique et esthétique des objets, mais aussi la suppression des sacs plastiques et le retour de la consigne à destination des particuliers. Le scénario Zero waste pointe aussi l’intérêt du concept C2C, ou « cradle to cradle ». Forgé par l’architecte et designer William Mc Donough et le chimiste Michael Baungart et précisé récemment dans l’ouvrage L’upcycle (éditions Alternatives), ce scénario industriel invite à renverser du tout au tout la manière dont sont conçus les biens de consommation, et considère les déchets non plus comme un encombrant problème, mais comme une ressource. Bref, il conçoit l’industrie comme un écosystème où ces derniers sont autant de « nutriments techniques » aussi essentiels à leur environnement que le sont au cycle de la vie les « nutriments biologiques », partant capables de réintégrer la biosphère sans la contaminer, voire en l’enrichissant. « L’Upcycling élimine le concept même de déchet », résument ainsi William Mc Donough et Michael Baungart. Cette approche a pour particularité d’aller contre le pensum décroissant selon lequel « il n’y a pas de croissance infinie dans un monde fini », et de soutenir mordicus le scénario d’une « croissance verte » bien décidée à ce que « tout change pour que rien ne change ». Là est sans doute sa limite : « La méthode C2C ne questionne pas la pertinence de la production elle-même, et explore relativement peu les systèmes de réemploi simple (comme la consigne) », résument les auteurs du Scénario Zero Waste 2.0.

Du bon usage des objets

De fait, réduire significativement nos déchets implique aussi une révolution des usages – que celle-ci se joue à l’échelle individuelle ou collective. En la matière, les leviers sont nombreux. Premier d’entre eux : la lutte contre le gaspillage – et tout particulièrement contre le gaspillage alimentaire, dont l’association Zero Waste rappelle ainsi qu’un tiers de la production de denrées alimentaires est jeté, que ce soit en amont pour des raisons de standardisation et de qualibrage des produits, ou en aval à cause des dates de péremption. En tout, 32 kg de déchets alimentaires par personne sont ainsi gaspillés (source : ADEME).

le-scénario-zero-waste-20-on-passe-à-l-action-D’une manière générale, il s’agit d’allonger autant que possible la durée de vie et d’usage des biens de consommation. En la matière, le premier geste à effectuer consiste à réparer. « Plus l’étape de production pèse dans le bilan environnemental d’un produit, plus il est pertinent de le réparer, peut-on ainsi lire dans Le Scénario Zero Waste 2.0 : On passe à l’action ! Les produits de haute technologie tiennent le haut du pavé en la matière : les phases de fabrication, transport et fin de vie d’un ordinateur portable de 2011 émettent autant de CO2 que son utilisation pendant… 82 ans ! » Si le secteur de la réparation en France est en crise (en raison principalement de la baisse des prix du neuf et du manque de main d’œuvre qualifiée), les initiatives « citoyennes » se multiplient. Témoin les fablabs et Repair cafés, qui plaident pour la réappropriation des savoir-faire techniques via la pratique du bricolage.

Il s’agit ensuite de généraliser le réemploi : déjà largement pratiqué dans le cas des vêtements d’enfants (96% sont donnés ou revendus sur le Bon coin ou dans des vide-greniers), il gagnerait à être étendu à d’autres produits, technologiques notamment (en France, 40% des réfrigérateurs sont remplacés alors qu’ils sont en état de fonctionner !).

L’allongement de la durée de vie et des usages des produits peut enfin compter, dans la société numérique, sur l’essor de tout ce qui touche à l’économie de l’accès. A une extrémité de la chaine, l’économie de fonctionnalité propose de substituer l’offre de services aux entreprises à la vente de produits. C’est le modèle Xerox, qui vend à ses clients professionnels un service de photocopies plutôt que des photocopieurs. A l’autre bout, la consommation collaborative incite les particuliers à mutualiser l’usage de leurs biens de consommation dans le cadre d’échanges pair-à-pair (P2P). Son potentiel est d’autant plus grand qu’on estime à environ un quart la part des biens « partageables » acquis pour les Français chaque année…

Courage, trions !

Restent les déchets non réparables et non partageables, au premier rang desquels les matières organiques. Or, en France, les déchets fermentescibles, c’est-à-dire les ordures organiques et complètement biodégradables, constituent environ un tiers de nos poubelles. Autant dire qu’elles constituent un levier de réduction de nos déchets aussi prometteur qu’inexploité. Les concernant, l’objectif est simple, et tient en une formule : retour à la terre. Encore embryonnaire, le compostage est déjà expérimenté avec succès par une ville comme Besançon, qui a réussi au gré d’une politique volontariste de distribution de bacs composteurs à faire passer de 69 kg à 40kg le poids des biodéchets présents dans les ordures ménagères. Dans la même veine, la mairie de Paris entend expérimenter dès ce printemps la mise en place de poubelles à compost dans les 2e et 12e arrondissements. Et pour les déchets non organiques ? Le scénario Zero waste évoque plusieurs pistes, parmi lesquelles le tri à la source et la mise en place d’une tarification incitative à destination des particuliers et des entreprises. Avec, à la clé, de substantielles économies pour les collectivités.

Pour l’association Zero Waste, l’enjeu d’un tel scénario déborde largement le cadre environnemental. Selon elle, une politique globale de réduction des déchets pourrait aussi constituer un remède au chômage : « les démarches Zero waste favorisent la création de nombreux  emplois locaux : directement, par la mise en place d’une nouvelle collecte sélective par la collectivité, ou indirectement, via de nouvelles activités liées au réemploi et à la réparation, à la consigne et à la vente en vrac par exemple (…), peut-on lire dans leur dernier ouvrage. Le Bureau européen de l’environnement (BEE) estime que l’on pourrait créer plus de 800 000 emplois en Europe d’ici 2030 en développant le réemploi et en atteignant un taux de 70% de recyclage.  Cela reviendrait à donner un emploi à un jeune sur six actuellement au chômage. » Alors, qu’est-ce qu’on attend pour passer à l’action ?

 

Pour en savoir plus :

Le scénario zéro waste 2.0 : on passe à l’action !, ouvrage collectif (jan. 2017), éditions rue de l’échiquier, 128 pages, 10 euros

Voir le site Internet de l’association Zéro waste France : https://www.zerowastefrance.org/fr

L’Upcycle : au-delà de la durabilité – Concevoir pour l’abondance, de William Mc Donough et Michael Braungart (sept. 2016), éditions Alternatives, 256 pages, 20 euros

La famille (presque) zéro déchet – ze guide, de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret (2016), éditions Thierry Souccar, 256 pages, 15 euros

Site internet : http://www.famillezerodechet.com

Zéro déchet de Béa Johnson (2013), éditions les Arènes, 400 pages, 17 euros

Le site Internet de Jean-Jacques Fasquel, maître-composteur : http://compostproximite.blogspot.fr

 

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