518 679. C’est, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le nombre de fans d’Antanas Mockus sur Facebook. Quasi inconnu en France, le candidat des verts colombiens jouit d’une telle popularité dans son pays qu’il pourrait bien l’emporter contre son rival Santos lors des prochaines élections présidentielles. Les sondages le donnent en tout cas vainqueur du 1er tour qui se tiendra le  30 mai prochain : notre homme y est crédité de 38% des intentions de vote.

 

 

Si l’enthousiasme des Colombiens devait se confirmer, le pays connaîtrait alors un complet revirement. Antanas Mockus est un phénomène, un hurluberlu dont les méthodes de gouvernance sont à mille lieux des politiques sécuritaires mises en œuvre par Uribe. Mathématicien surdoué et philosophe, il a commencé sa carrière à l’université de Bogota, dont il devient recteur en 1990, à l’âge de 38 ans. De cette époque date le premier coup d’éclat du personnage : lors d’un mouvement de grève, devant un parterre d’étudiants frondeurs, le trublion montre… ses fesses ! Un geste qui lui vaudra son poste et une entrée fracassante en politique.

 

 

En 1995, il se présente avec succès à la mairie de Bogota. Ses deux mandats (de 1995 à 1998 et de 2001 à 2004) transformeront radicalement la ville : la criminalité chute (-30% d’homicides), l’accès à l’eau potable et les transports s’améliorent, les pistes cyclables se multiplient, la corruption endémique est ravalée au rang de souvenir et les finances publiques sont assainies.

Le tout avec des méthodes pour le moins surprenantes. Après une campagne municipale menée en costume de Superman, Antanas Mockus fonde sa politique sur un détonant cocktail d’humour et de citoyenneté : il embauche des mimes pour canaliser le trafic routier, instaure une nuit des femmes pendant laquelle les hommes sont invités à garder le foyer, multiplie les concerts et les manifestations culturelles, crée un impôt volontaire pour encourager les plus riches à aider la communauté… Bref, grâce au « maire philosophe », l’appel au civisme, l’écologie et la dérision deviennent des armes politiques autrement plus efficaces que la tolérance zéro et la répression.

 

 

Or, dans un pays miné par la violence et la corruption, le style Antanas Mockus pourrait séduire un peuple las de la guérilla et des démonstrations de force du pouvoir. Même s’il vient d’annoncer qu’il avait la maladie de Parkinson, même si son programme semble flou, l’ancien maire de Bogota a semble-t-il trouvé les mots pour redonner espoir aux Colombiens. Des mots tels qu’honnêteté, transparence, éducation, civisme, égalité des sexes…