En matière d’écologie, la fin du mois de mars aura été marquée par une double reculade. En effet, quelques jours après que la CITES a renoncé à inscrire le thon rouge à l’annexe 1 des espèces menacées, l’UMP abandonnait le projet de loi sur la taxe carbone…


Ironie du sort : c’est au moment où l’écologie politique triomphe dans les urnes qu’elle révèle son impuissance à se traduire en actes. Deux exemples récents - l’un français, l’autre international - illustrent en effet la résistance de la sphère économique dès qu’il s’agit de mettre en œuvre toute mesure visant à protéger l’environnement.

Premier acte à Doha (Qatar), où s’est tenue du 13 au 25 mars la très attendue conférence de la CITES. Rappelant que la capacité de reproduction du thon était tombée de 200 000 à 60 000 tonnes en 20 ans, Monaco y a réclamé que l’instance onusienne vote l’interdiction de commercialiser l’espèce. Sans succès : engagé dans une intense campagne de lobbying, le Japon, qui consomme 80% du thon rouge, a réussi à faire voter la majorité des pays participants contre l’inscription du poisson à l’annexe 1 des espèces menacées.

Autre espèce en voie de disparition : la taxe carbone. Victime du « recadrage » du gouvernement dans le sillage de sa défaite aux régionales, la contribution climat-énergie est en effet ajournée sine die. Motif invoqué : la nécessité de maintenir la compétitivité de l’économie française, qu’une fiscalité verte ne manquerait pas de grever lourdement. «Une taxe qui s’appliquerait en France et pas en Europe, ce n’est pas pensable», a ainsi expliqué Xavier Bertrand sur le plateau de Canal+. Or, si l’on considère que les 25 sont profondément divisés sur la question, la conclusion à en tirer est claire : la taxe carbone ne s’appliquera pas en France.

D’où le « désespoir » de Chantal Jouanno, elle aussi « recadrée » par le gouvernement, et de Nicolas Hulot, dont la fondation vient de suspendre sa participation au Grenelle II. Quant à Nathalie Kosciuszko-Morizet, elle estimait dans l’Express que “l’écologie c’est souvent comme ça. On essaie de faire en sorte que ce soit consensuel. (…) Et il y a un moment où ça devient conflictuel parce que l’écologie, ça heurte des intérêts, ça heurte des habitudes. L’écologie, ça oblige à bouger le monde. Il faut transformer le système de production et de consommation. Ce n’est pas simple. Il y a des frottements”.



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