A l’occasion de ses 20 ans, la Fondation Nicolas Hulot s’associe avec Terra Eco pour publier dans Metro une édition spéciale datée du 5 janvier 2030. But de cet exercice d’anticipation médiatique ? Imaginer où en sera l’écologie (et accessoirement Nicolas Hulot) dans 20 ans.

 

Vous aviez remarqué que le jardinage était à la mode… Eh bien ça y est : le phénomène a fait ce matin la une du journal Metro. Pour illustrer la « folie potagère » en vogue, un photomontage y montre même des jardiniers fouillant un épais tapis de verdure, cependant qu’une vache passe au deuxième plan, sur fond de tour Eiffel…

Vous aviez pourtant décidé d’arrêter les psychotropes ? Pas d’inquiétude, vous n’hallucinez pas : ce journal est un faux, il n’y a pas de folie potagère, du moins pas encore. Vous êtes simplement tombé sur le cahier central de Metro édité à 500 000 exemplaires par la Fondation Nicolas Hulot et Terra Eco dans le but d’ « imaginer à quoi pourrait ressembler le monde dans 20 ans ». D’ailleurs regardez bien : le journal est daté du 5 janvier 2030 et plusieurs pubs pour la Fondation se sont glissées en première page, saurez-vous les trouver ?

 

 

Un journal des bonnes nouvelles

Alors, ça donne quoi le monde en 2030 ? Des oiseaux tombant du ciel sans raison, des inondations monstres et des cataclysmes en veux-tu en voilà ? Pas du tout : pour l’équipe de Nicolas Hulot, 2030 n’est pas le temps des catastrophes mais celui de l’optimisme durable. Le journal évoque bien l’action de quelques ultras du FLVR (le front de libération des villes rapides, défenseurs de la vitesse et des bagnoles) contre le mouvement des villes lentes, mais dans l’ensemble, l’heure est à la raison, à l’action concertée et la réparation : le recyclage est monnaie courante, le parlement adopte le principe de précaution sur sept générations, le Japon ne chasse plus le dauphin, le thon n’est plus une espèce menacée, la concentration moyenne de CO2 dans l’air baisse et le mot « pétrole » devient synonyme dans les dictionnaires de « souvenir lointain ». Même Claude Allègre affirme « regretter avoir été un marchand de doutes » dans un carnet manuscrit découvert par hasard…

 

De l'activisme au street marketing

Publicité mise à part (en dernière page du journal, vous trouverez un coupon d’adhésion à la Fondation Nicolas Hulot, merci de le retourner signé avec un chèque), l’initiative rappelle évidemment le joli coup des Yes Men. Le 12 novembre 2008, soit quelques jours après l’élection d’Obama, ces activistes américains chapeautaient la distribution d’un faux New York Times dans les rues de New York. Le journal titrait : « Fin de la guerre en Irak ». Entièrement financé par des dons et concocté par tout ce que la gauche américaine compte de collectifs engagés (Critical Art Ensemble, Reclaim the Street, Billionnairs for Bush…), ce canular médiatique se voulait un catalogue de bonnes nouvelles. Comme l’explique l'artiste Steve Lambert, l'un des initiateurs du projet, dans l'ouvrage Artivisme , l'optimisme du faux journal visait d'abord à mobiliser : « Je dirais que nous avons essayé de créer une parenthèse durant laquelle les gens pouvaient partager la même vision d’un monde idéal soudain possible, parce que pas trop fantasmatique et ancré dans notre réalité. Les gens se diraient « Pourquoi pas ? Pourquoi serait-ce impossible ? » et commenceraient à y travailler. »