Les 193 Etats participants à la Convention sur la diversité biologique sont parvenus à trouver un accord dans la nuit de vendredi à samedi. Ce succès permet de mettre en place une stratégie 2011-2020 commune pour stopper l’érosion de la biodiversité et la disparition des espèces. L’exploitation des ressources génétiques issues de la flore et de la faune sera soumise à plus de contrôle tandis qu’un plan de financement de ces mesures a également été adopté.
Non, Nagoya ne sera pas Copenhague. Contrairement au dernier sommet climatique qui n’avait abouti à aucun accord digne de succéder au protocole de Kyoto, la dixième Conférence des Parties (COP 10) à la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) a finalement débouché sur un accord historique après 11 jours de négociations entre les 193 pays présents dans la ville japonaise.
Pourtant, il aura fallu attendre les dernières heures de ce sommet de la biodiversité pour voir les choses s’accélérer. C’est dans la nuit de vendredi à samedi vers 1h du matin que la présidence japonaise a pu annoncer qu’une "nouvelle ère de vie en harmonie avec la nature est née à Nagoya". Un accord historique concrétisé sept heures après la fin officielle de la conférence (les séances de travail avait été prolongées afin d’éviter un nouvel échec comme celui de Copenhague). Les trois volets de la Convention ont donc été adoptés.
La richesse de la faune et la flore mieux partagée entre pays du sud et du nord
Le premier d’entre eux concerne l’accès aux ressources de la nature et le partage des avantages qu'elles procurent. Ce protocole ABS (accès et partage des avantages) va désormais régir à partir de 2012 les relations commerciales et scientifiques entre les pays du sud, détenteurs de la plupart des matériaux biologiques issus de la faune et de la flore et les pays du nord, utilisateurs de ces molécules via leurs industries pharmaceutiques et cosmétiques. "Ce protocole définira les règles selon lesquelles se fera le partage des avantages retirés des molécules de la nature explique Jacques Weber, directeur de recherche au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Ce problème concernait les populations locales dans les pays pauvres qui habitent des lieux de biodiversité importants dont les savoirs collectifs sont à l’origine de nombreuses découvertes scientifiques. Ces populations locales seront donc en droit d’exiger un retour de l’argent généré grâce à leurs connaissances."
L’adoption du protocole ABS était un point essentiel de la conférence de Nagoya et les associations environnementales se sont félicitées de cette conclusion heureuse. "Le protocole de Nagoya est historique car il assure que l’immense valeur des ressources génétiques sera partagé de façon plus équitable", explique ainsi Jim Leape, directeur général du WWF-International alors que la FNE évoque "un accord positif pour la biodiversité mondiale".
17% d’aires terrestres et 10% de zones marines et côtières protégées
Le deuxième volet de la Convention concerne le plan stratégique 2011-2020 qui doit permettre "de mettre fin à la perte de biodiversité et qui constitue la première étape vers la vision fixée pour 2050 d’une société vivant en harmonie avec la nature". Ce plan qui contient 20 objectifs stratégiques devra notamment viser à protéger d’ici 2020, 17% d’aires terrestres et 10% de zones marines et côtières (contre respectivement 10% et 2% actuellement) dans chaque pays. La destruction des habitats naturels devra être divisée par deux sur la même période tandis qu’un effort particulier devra être mené sur les récifs coralliens. Enfin, les subventions néfastes pour l’environnement devront être éliminées ou réduites progressivement. Mais il faut noter qu’il s’agit ici d’une feuille de route non-contraignante pour les 193 pays signataires.
Essentiel pour assurer la crédibilité des décisions prises à Nagoya, le troisième volet de la Convention concernait celui de la mise en place d’un plan stratégique. "C’était un enjeu majeur de Nagoya car il s’agissait des moyens que l’on allait mettre sur la table pour mettre en œuvre les décisions adoptées" explique Jacques Weber. Sur le principe, le financement est donc assuré, mais un plan plus détaillé devrait être défini par les Etats lors de la prochaine réunion en 2012 en Inde.
Outre l’absence notable des Etats-Unis à l’occasion de ce sommet de la biodiversité, Nagoya marque donc un tournant pour enrayer l’extinction massive des espèces et stopper le déclin de la biodiversité. "Si Kyoto est entrée dans l'histoire comme la ville dans laquelle l'accord sur le climat est né (en 1997), Nagoya restera comme la ville dans laquelle l'accord sur la biodiversité est né", a estimé Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention de l'Onu sur la diversité biologique.
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