Sorti dans les salles le mercredi 25 août, "600Kg d’or pur" met en scène les péripéties d’un groupe d'aventuriers dans la jungle guyanaise. Les sept fuyards viennent de dérober 600 kg d’or dans une mine. Si ce film n’a pas été salué par la critique, le WWF n’a pourtant pas hésité à en être un des partenaires pour dénoncer les conséquences écologiques des exploitations illégales du minerai aurifère.

Une ONG environnementale partenaire d’un film d’action, c’est assez rare pour être souligné. Produit par Eric Besnard et à l’affiche depuis mercredi, "600 Kg d’or pur" réuni quelques têtes d’affiches du cinéma français (Clovis Cornillac, Audrey Dana, Bruno Solo) et le WWF en est le partenaire. Autant le dire tout de suite, cette production n’entrera pas dans l’histoire du septième art. Mais au-delà de la qualité intrinsèque du film, c’est davantage le thème abordé par ce dernier qui nous intéresse ici.

"600 kg d’or pur" met en lumière la recrudescence de l’exploitation aurifère illégale. On pourrait croire le problème réservé à quelques pays d’Amérique du Sud et d’Afrique, mais il touche également la France par le biais de la Guyane. Cette région d’outre-mer recèle en effet un potentiel aurifère de 120 tonnes en or primaire et 15 à 20 ans de gisement alluvionnaire au rythme de son exploitation actuelle. Ces chiffres, établis en 2006 par l’Institut d’Émission des Départements d’Outre-mer (IEDOM) devraient probablement être corrigés aujourd’hui tant l’exploitation légale du précieux minerai a chuté depuis quatre ans en Guyane. Ainsi, selon le tableau de bord économique de la Guyane publié par ce même institut, les exportations d’or se situaient autour de 15 millions d’euros par trimestre en 2006 contre cinq millions d’euros pour 2009. Pour expliquer cette baisse constante, l’IEDOM met en avant dans le rapport 2009 de la région que "ce secteur potentiellement très porteur pour le département, se heurte à plusieurs problématiques d’ordre social, environnemental et politique."

Carte de l'activité minière en Guyane. © ONF

500 chantiers illégaux en Guyane

Ces conditions limitent l’exploitation légale de l’or (les quantités d’or officiellement extraites sont dorénavant très faibles : 1,2 tonnes en 2009, soit -38,5 % sur un an), mais favorisent l’exploitation illégale. La Guyane compterait ainsi plus de 500 chantiers illégaux et entre 5 000 et 8 000 travailleurs clandestins auraient été recensés selon le rapport Mansillon du Ministère de l’Ecologie publié en juin 2009. Un constat qui a incité le WWF à lancer en février dernier sa campagne "Non à l'or illégal" (la page Facebook de la campagne est accessible ici) dans laquelle l’ONG dénonce les conséquences écologiques des exploitations illégales d’or.

Ainsi, le mercure utilisé par les exploitants sert à provoquer un amalgame avec les particules d’or. L’amalgame est ensuite chauffé à haute température pour séparer les deux métaux. "Pour récupérer 1kg d’or, 1,3 kg de mercure est employé par les illégaux, avec près de 30% de pertes, rejetées dans le milieu naturel, essentiellement sous forme de vapeur atmosphérique explique le WWF. Plus de 10% s’échappe dans les cours d’eau de Guyane. Sous l’action de l’acidité de l’eau, le mercure se transforme en un dérivé dangereux : le méthyl-mercure." Cette matière est ensuite absorbée, stockée et concentrée dans la chair des poissons carnassiers. "Il en découle un empoisonnement insidieux des populations locales qui s’en nourrissent quotidiennement."

"L’or est à l’origine de réseaux de prostitution, de trafics et de délinquance"

Autre conséquence des exploitations minières (légales et illégales), la déforestation est également pointée du doigt. Le rapport Mansillon détaille ainsi ses multiples effets sur les milieux forestiers. "Les habitats sont modifiés, voire détruits ; les structures des sols sont perturbées ; des phénomènes de lisière apparaissent avec la pénétration directe de la lumière et des pluies jusqu’au sol. Le régime des températures, l’humidité relative et les mouvements de l’air peuvent s’en trouver modifiés, le tout ayant une influence sur les habitats et sur les modes de vie de certains animaux terrestres et oiseaux." Enfin, d’autres dommages collatéraux sont évoqués par le WWF. "L’exploitation aurifère clandestine a des répercussions sociales indirectes. En effet, elle concourt à la structuration de véritables filières d’immigration sauvages et au développement de réseaux de prostitution, de trafics (armes et drogues) et de délinquance."

Pour améliorer la situation, l’ONG préconise un certains nombres de mesures dont le développement d'une coopération forte entre la Guyane, le Brésil et le Suriname pour dégager des solutions communes, un renforcement des préventions sanitaires, une redéfinition de la politique minière en Guyane (le rapport Mansillon devrait à se titre faire avancer les choses progressivement) et une meilleure promotion des techniques d’exploitation à moindre impact environnemental pour les mine d'or.