Jusqu’au 9 août, le centre George Pompidou à Paris consacre une exposition pluridisciplinaire aux parcs d’attraction. De Luna Park à Disneyland, Dreamlands examine la manière dont ces espaces de loisirs ont façonné l’imaginaire de la ville contemporaine.

 

Tandis que sa façade accueille les cabanes en bois, précaires et difficiles d’accès, du japonais Kawamata, Beaubourg consacre une exposition à l’exubérance tapageuse des parcs d’attraction. Propos de Dreamlands : montrer à travers 300 oeuvres (photos, installations, toiles, maquettes, films, etc.) combien ces espaces de loisirs et de jeu ont inspiré les artistes, architectes et urbanistes du vingtième siècle, jusqu’à devenir le paradigme de la ville contemporaine. 

 

Panem et circenses à Luna Park

Globalement chronologique, l’accrochage commence en 1889. Cette année-là, l’exposition universelle à Paris marque une rupture avec les éditions précédentes, et délaisse le terrain de la pédagogie pour transformer la ville en espace de jeu.

Dans le sillage de l’événement, les parcs d’attraction se multiplient en lisière des grandes métropoles industrielles. Ces mondes clos, fantasmagoriques et propres à séduire un public populaire attirent aussi les artistes – surréalistes en tête. Ainsi, en 1939, Dali conçoit un pavillon pour le secteur forain de la foire internationale à New York.

 

La révolution des loisirs

Surtout, les architectes commencent à lorgner de près ce qui s’avère un modèle possible d’urbanisme dans une société où le temps libre progresse. « Le vrai problème révolutionnaire est celui des loisirs », affirmait Guy Debord. Ce à quoi il ajoutait que « la construction de cadres nouveaux est la condition d’autres attitudes, d’autres compréhensions du monde. » A partir des années cinquante, dans le sillage du Fun Palace (ce « laboratoire du plaisir ») imaginé par Cedric Price, L’Instant city d’Archigram, la New Babylon de Constant ou le centre Pompidou de Rogers imaginent donc des espaces entièrement livrés au jeu.

Crédit photo : Vidal Benchimol

L'architecture du spectacle, de Las Vegas à Dubaï

Pourtant, ces utopies révolutionnaires  trouveront leur réalisation en plein cœur du Veau d’or : à Las Vegas. La cité du jeu sait disposer avec art les sollicitations visuelles, devenant selon Robert Venturi un laboratoire de la ville commerciale et un modèle d’urbanisme. Commence alors une « ère du kitch », dont les clichés de Martin Parr se font la saisie : les monuments (Tour Eiffel, pyramides) sont répliqués de Disneyland en Lilliputia, le tourisme de masse transforme les villes en parcs d’attractions et inspire aux artistes pastiches et autres plongées dans l’envers du décor (voir la toile d’Ed Ruscha où le panneau Hollywood apparaît inversé). Significativement, l’exposition se referme sur une évocation de Dubaï, chantier pharaonique, cité du spectacle ultralibérale et emblème selon certains d’une « posturbanité » marquée par le recul des espaces publics et le développement de communautés résidentielles fermées. Une ville semblable, en somme, à celle du Truman show…



Infos pratiques :

 

Dreamlands, Centre Pompidou - du 5 mai au 9 août 2010

Métro Rambuteau

Exposition ouverte tous les jours sauf le mardi, de 11h à 21h