Jusqu'au 20 février 2011, l'espace Fondation EDF à Paris consacre une exposition au recyclage des déchets dans l'art contemporain. Visite guidée.
Les déchets, EDF connaît : ceux que génère la production d’électricité nucléaire constituent un épineux problème. On s’en doute : l’exposition imaginée par la Fondation reste muette sur ce point. S’il est question d’ordures dans «Rehab, l’art de re-faire», il s’agit essentiellement de celles dont dégorgent les décharges publiques – emballages plastiques, carton, bois agglomérés, produits électroménagers ou high tech, vieux pneus.
Chez les 18 artistes sélectionnés par Bénédicte Ramade, critique d’art et commissaire de l’exposition, ces rebus sont la matière première et le plus petit dénominateur commun d’œuvres très diverses.
Pour Tue Greenfort ou Mierle Laderman Ukeles (photo ci-dessus), le déchet sert un questionnement politique sur les modes de vie contemporains et le caractère pléthorique de la marchandise. Idem dans l’Empreinte écologique présentée par Lucie Chaumont : se faisant l’archéologue de notre ère, cette jeune artiste dispose sur le sol des moulages en plâtre (donc des empreintes stricto sensu) de pots de yaourt, boîtes d’œufs et autres barquettes consommées au cours d’une année. Une façon d’illustrer le concept inventé par William Rees, mais aussi d’en suggérer le caractère abstrait.
Pour d’autres, le déchet est appréhendé à partir de ses caractéristiques formelles. Dans sa collection de Chasses, l’artiste suisse Christian Gonzenbach (photo ci-dessus) se fait « tanneur » de rebus électroménagers. Dépecées et aplaties, privées de toute valeur d’usage, ses « peaux » sont clouées au mur comme des papillons et détournées en bestiaire. Eva Jospin transforme des cartons d’emballage en bas reliefs champêtres, Douglas White métamorphose de vieux pneus en palmiers, et le canadien Steve Lyons rassemble une grande variété de matériaux au sein d’installations d’apparence disparate, mais qu’un dispositif vidéo révèle comme autant d’anamorphoses.
Enfin, le déchet peut devenir l’objet de dramaturgies singulières. Ainsi le collectif américain Los Super Elegantes noue une histoire d’amour impossible entre un éboueur et une fille de banlieue dans un clip vidéo kitschissime. Quant à Gordon Matta Clark (photo ci-dessous), il filme la destruction de sa camionnette dans une décharge à Staten Island comme on décrit une mise à mort. La violence de ce Fresh Kill est double : au dépeçage de l'objet se superpose l'image renversée de l'American dream, cette fabrique du conditionnement et de la solitude.
Rehab : l'art de re-faire - du 27 octobre 2010 au 20 février 2011
Espace Fondation
EDF 6, rue Récamier
75007 Paris
Entrée libre tous les jours de 12 h à 19 h sauf les lundis et jours fériés.
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