« On ne prête qu’aux ruches. »
Fort de cet adage, le Parti poétique vient d’ouvrir à Genève – symbole du système bancaire mondial, « œil du cyclone et abri de fortunes » – un nouvel établissement : la banque du miel. L’objet de ce dispositif artistique ? Permettre à ses sociétaires de faire « fructifier » leur argent en ouvrant un « compte épargne abeilles » : pour un dépôt minimum de 10 euros, la banque vous restitue votre capital sous forme de miel. En effet, chaque dépôt est investi dans la création d’une ruche ou dans le travail d’un apiculteur, et une partie du miel récolté est aussitôt transféré au FMI (fonds mellifère international). Une façon de « produire de la richesse et du collectif plutôt que de l’argent et de la solitude», comme l’explique sur son site le Parti poétique.
La « pollinisation de la ville »
On doit l’initiative de la banque du miel à Olivier Darné. Plasticien et éleveur d’abeilles, il s’emploie depuis une décennie à « polliniser la ville ». A la fois plasticien, apiculteur et ethnologue, il pose tour à tour ses ruches sur les toits de la mairie de Saint-Denis (93), sur les trottoirs de Paris et Aubervilliers, à Roubaix... Le « miel béton » qu’il récolte suscite l’étonnement : composé de plusieurs centaines de pollens différents, ce concentré en un seul pot de 3 000 hectares de ville est à l’image de la diversité culturelle des habitants. Surtout, sa richesse suggère a contrario la pauvreté biologique des espaces agricoles français, et semble confirmer que la survie des abeilles se joue désormais en milieu urbain…
L’abeille, un insecte capital
Avec la banque du miel, Olivier Darné et son parti poétique donnent à leurs activités apicoles un tour encore plus politique. A l’heure où convergent crise écologique et crise économique, le « compte épargne abeille » nous invite à redéfinir la notion de richesse. En singeant les outils et la terminologie bancaires, ce dispositif artistique n’attire pas seulement l’attention sur le rôle fondamental des abeilles dans la création de richesses (leur disparition aurait des conséquences dramatiques sur l’agriculture, qui est pourtant en partie responsable de leur disparition !). La banque du miel invite aussi à repenser de fond en comble notre modèle économique – une nécessité si l’on veut éviter le « crash écologique »…
Pour en savoir plus :
Une visite de la banque du miel à Genève par Stéphane Pecorini, de lachaine.ch
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