Chaque année, le Global award for sustainable architecture récompense 5 architectes soucieux d’établir une nouvelle relation du bâti à l’environnement. En mai dernier, la 4e édition du prix saluait notamment le travail de Giancarlo Mazzanti dans les favelas de Medellin. Une façon d’attirer l’attention sur une scène architecturale colombienne particulièrement vivace.
Il faut décidément corriger l’image que nous nous sommes forgée de la Colombie. La récente élection présidentielle et la percée d’un candidat aussi atypique qu’Antanas Mockus (voir notre article) ont déjà pas mal écorné le cliché d’un pays rongé par la misère et le narcotrafic.
Un coup d’œil à l’architecture locale contemporaine confirme la dynamique du changement à l’œuvre derrière la violence spectaculaire des FARC et de l’Etat. Ainsi, le Gobal award for sustainable development récompensait cette année Giancarlo Mazzanti, un architecte de 47 ans dont le travail se fonde sur ce credo : "La mission de l'architecture est d'améliorer le bien-être social, de construire une société plus juste."
Un architecte dans les favelas
Si la construction écologique s’appuie au Nord sur un éventail de solutions techniques (ventilation double-flux, triple-vitrage, innovations énergétiques…), le contexte colombien incline nécessairement les bâtisseurs vers le volet social du développement durable.
Alejandro Aravena, directeur du « Do tank » chilien Elemental et lauréat du Global award en 2008, le répète à l’envi : être architecte au Sud, c’est s’efforcer de « construire dans les 20 ans une ville de 1 million d’habitants par semaine, avec 10 000 dollars par famille. »
Travaillant dans un pays où la population, aux trois quarts urbaine, vit pour 80% dans les bidonvilles, Giancarlo Mazzanti a fait des favelas de Bogota et Medellin son terrain d’action privilégié. Avec toujours la même ambition : désenclaver ces quartiers de relégation en jouant l’ouverture vers la ville contre les cloisonnements sécuritaires, rendre aux habitants la maîtrise de leur lieu de vie.
Trois rochers pour une reconquête
La Biblioteca Espana est emblématique de cette démarche. Construite en 2007 sur les hauteurs de Medellin, elle a radicalement transformé l’image d’une des favelas les plus dures de Colombie.
Sous l’impulsion de son maire Sergio Fajardo, la ville voulait que le bâtiment soit le symbole d’une reconquête sur les cartels. Giancarlo Mazzanti en a fait un imposant belvédère dominant la colline, sorte de chaos minéral composé de 3 bâtiments en forme de rochers.
Le choix de construire la bibliothèque en brique, ce matériau local, a permis de limiter les coûts de construction à 500 dollars le mètre carré, mais aussi de renforcer l’identification des habitants à l’édifice : « Par son allure, cet équipement revendique son appartenance à Medellin, à la montagne, expliquait récemment l’architecte au journal Le Monde. Grâce à lui, les habitants n'ont plus honte d'habiter ce quartier. »
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