Jouer le collectif contre la concurrence, promouvoir la haute qualité architecturale plutôt que la surenchère normative, inventer à toutes les échelles de projets, de l’équipement culturel au logement, de la maison individuelle au complexe sportif… Ce sont là quelques-unes des caractéristiques de la French touch, collectif d’architectes né en 2007. Cocorico !
Si les années 1970 et 1980 furent celles de la French theory, génération de penseurs comptant Foucault, Deleuze, Guattari ou Derrida, les années 2010 pourraient être celles de la French Touch. Pendant architectural du (très artificiel) groupe philosophique, ce collectif de 15 agences veut en tout cas affirmer une conception renouvelée de la ville et du vivre ensemble. « Nous les archis, on est comme des gladiateurs, à se battre les uns contre les autres, explique David Trottin (Agence Périphériques), l’un des architectes à l’origine du collectif. Cette logique concurrentielle, que nos clients savent habilement instrumentaliser, détruit toute possibilité de défendre des valeurs, des idées. C’est contre ça qu’est née la French touch. »
Une génération de faiseurs
Au commencement donc, une génération d’architectes âgés de 35 à 50 ans, composée de « faiseurs » et habituée à conduire des projets bien ancrés dans le réel, loin du star system pritzkerisé. En 2007, lors de la remise du prix de l’équerre d’argent par le Moniteur, quelques-uns de ces bâtisseurs contestent la sélection des projets et la vision « quotidienne » de l’architecture défendue par le journal spécialisé. Et pour faire valoir une conception bien différente de leur métier, ils refusent que leurs réalisations soient présentées dans AMC (Architecture Mouvement Continuité, revue éditée par le Moniteur).
Mieux : les trublions proposent d’éditer leur propre parution pour présenter chaque année une soixantaine de projets et donner une meilleure visibilité à l’architecture française. Histoire d’annoncer la couleur (littéralement), ils lui donnent le nom d’Annuel optimiste.
De la générocité avant toute chose
Commentant le coup de gueule contre le Moniteur, David Trottin évoque « une guerilla plutôt qu’une révolution. » Quoi qu’il en soit, la French Touch fédère rapidement 15 agences parmi les plus prometteuses du paysage français : Hamonic et Masson, KOZ, L'Atelier du Pont, BP, Philéas, Beckman&N’Thépé, Périphériques, Philippe Gazeau, etc.
Leur credo ? Défendre des valeurs communes : une architecture d’auteurs mais pragmatique, oeuvrant à un mieux urbain et cherchant à renouveler le débat dans une profession de plus en plus normée. « Le point commun aux membres du collectif, explique David Trottin, est qu’ils proposent une architecture exigeante et créative, mais qui a abandonné l’idée que seul le grand projet peut être intéressant. »
Parmi les créneaux du collectif, il y a aussi le vivre ensemble. C’est d’ailleurs sous la bannière de la « Générocité » que la French Touch a répondu en 2008 à l’invitation de Francis Rambert, commissaire d’exposition à la Biennale de Venise. A travers une sélection de 100 projets des années 1960 à nos jours, il s’agissait de réaffirmer les « plus » de l’architecture, et notamment son rôle social…
A lire :
Annuel optimiste d’architecture 2007, éditions de la French Touch (distrib. Pyramyd)
Annuel optimiste d’architecture 2008, éditions de la French Touch (distrib. Pyramyd)
Annuel optimiste d’architecture 2009, éditions de la French Touch (distrib. Pyramyd)
Dehors Paris, Un guide d’architectures à voir, un guide d’architectures à imaginer, éditions Pyramyd
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