« Vivons caché, vivons heureux ». Voici un adage qui retranscrit assez fidèlement l'univers dans lequel gravitent les habitants de cette maison au nom évocateur « Lost In Paris » (Perdue dans Paris), conçu par le cabinet d'architecture de François Roche, R&Sie (n). Ici, la nature porte le protocole esthétique du projet architectural : un manteau végétal vivant pensé comme un rempart. Identités des propriétaires et localisation exacte sont tenues secrètes. Présentation de cette maison ou plutôt de cette « sorcière dans la forêt urbaine » comme s'amusent à l'appeler les deux architectes de R&Sie (n).
Une couverture végétale et bactérienne
Réalisée en 2008, cette maison de 300m2 vit et respire, comme à l'état « sauvage », naturel. La couverture « géo-textile » est composée de 1200 fougères hydroponiques (culture hors-sol) et de 300 gobelets en verre permettant la production bactérienne. Un système de récupération des eaux de pluie permet d'arroser les plantes par un système de goutte-à-goutte individuel (avec contrôle des additifs nutritionnels). L'isolation est faite d'une mousse en polyuréthane haute densité. Les plantes du manteau végétal sont nourries par le système de goutte-à-goutte qui libère une substance chimique bactérienne issue des gobelets.
Une maison secrète en plein Paris
Impossible de visiter cette maison si atypique. Les propriétaires veulent préserver leur intimité. « Notre discrétion fait partie de la négociation que nous avions eu il y a plusieurs années avec R&Sie(n), et ceci dès les premiers contacts », explique le propriétaire de cette maison hybride mi-plantes mi-bâti. Refusant toutes les interviews des journalistes, ils ont accepté de répondre par mail aux questions de la journaliste Matilde Trébucq en septembre 2009.
« A l'intérieur, on a une sensation schizophrénique, à la fois de repli et de porosité visuelle », raconte l'habitant, ajoutant que « les bactéries, les araignées, les moustiques, les tics, les rats et les bourgeois d'en face » sont les principales menaces de cette demeure « programmée pour être biologiquement mutante ». Une vision de l'architecture « durable » à contre-courant Cette réalisation met en exergue la vision de l'agence d'architecture de François Roche.
L'architecture est en perpétuelle évolution, elle est vivante voire organique. « Dans Lost in Paris, la façade végétale n'est pas une fin en soi », explique l'architecte. Pour lui, la nature est non circonscrite, bactériologique, elle peut être dangereuse et toxique. Caustique, il affirme sans ambages son point de vue sur l'écologie et le développement durable: « les écologistes me font peur. Ils sont principalement constitués d'ex staliniens chlorophilisés, qui à la suite de la disparition du mur de Berlin, se sont reconvertis vers une autre approche tout aussi sectaire et moraliste.... la sauvegarde de la pureté naturaliste. Nous n'en sommes pas. »
Une approche pluridisciplinaire et évolutive de l'architecture
Dépeint dans la presse nationale comme l'enfant terrible de l'architecture française, l'homme propose une approche pluridisciplinaire (notamment des compétences scientifiques comme les nanotechnologies) qui questionne l'homme et son environnement. François Roche s'inspire notamment du bio-mimétisme dans sa démarche architecturale : observer la nature, l'étudier et appliquer ses mécanismes... Mathématicien avant de devenir architecte, il travaille avec Stéphanie Lavaux et Toshikatsi Kiuchi.
Ce groupe s’est développé à la fois au travers d’une structure de production d’architecture, R&Sie(n)en 1989, et d’une structure de recherche, new-territories, et dirige des laboratoires de recherches, enseignent dans des universités étrangères et participe à des expositions.
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