D’une température comprise entre 13 et 20°C, les eaux usées sont une source de chaleur encore peu exploitée. Née en Suisse, l’idée d’en pomper les calories pour alimenter un réseau de chaleur urbain commence pourtant à faire son chemin en France.

 

Qu’elles soient grises ou noires, les eaux usées posent a priori plus de problèmes de retraitement et d’épuration qu’elles ne semblent offrir de solutions. Pourtant, elles pourraient s’imposer dans les années à venir comme une source abondante et renouvelable d’énergie en ville. Entre douches, lessives et vaisselles, nous sommes en effet de grands consommateurs d’eau chaude, et le jus grisâtre que nous rejetons dans les égouts affiche une température moyenne de 15°C.

D’où l’idée d’en exploiter le potentiel thermique au moyen d’une pompe à chaleur : les eaux usées deviennent alors une source de chauffage en hiver et peuvent servir, lorsque la température extérieure est élevée, à refroidir un bâtiment. Seule condition : se trouver situé dans un milieu urbain dense ou dans de grands ensembles (hôpitaux, universités…) situés à proximité d’une station d’épuration…

 

La Suisse, pionnière en matière de valorisation des eaux usées

En Suisse, où est née cette technologie, les premières installations ont vu le jour dans différents centres urbains et offrent des résultats prometteurs. SuisseEnergie, le programme national en faveur de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, estime même que la valorisation des eaux usées pourrait alimenter en chauffage plus de 300 000 appartements.

Dans le quartier de Wässerwiesen à Winterthur, l’exploitation thermique des eaux usées rejetées par quelques 150 000 habitants permet ainsi d’alimenter en chauffage près de 400 logements, offrant une économie de coûts d’exploitation de 12%. D’une manière générale, le bilan écologique de ce type d’opération serait de 2 à 5 fois meilleur que celui d’un réseau de chaleur au gaz ou au fioul.

 

En France, des débuts timides

On s’en doute : les résultats suisses ont fait des émules. En Allemagne et en France, des entreprises commencent à développer des technologies d’exploitation des eaux usées.

Ainsi, la Lyonnaise des eaux lançait il y a un an Degrés bleus. Soit un système de chauffage collectif fonctionnant grâce à un échangeur de chaleur placé dans les canalisations. Selon Suez environnement, cette technologie permettrait des gains de 50 à 60 % par rapport aux autres sources d’énergie et permettrait d’éviter jusqu’à 60% d’émissions de gaz à effet de serre.