Nourrir une population de plus de 3 milliards de citadins tout en minimisant notre impact sur l'environnement impose de repenser nos modes de production alimentaire. Petit catalogue d’idées plus ou moins farfelues en matière d’agriculture urbaine…

 

Exposons le problème simplement : plus de 50% de la population urbaine vit en ville (les projections avancent que cette proportion sera de 80% en 2050). Nourrir ces 3,3 milliards de citadins implique de pérenniser notre modèle agricole. Or l’agriculture productiviste n’est pas écologiquement soutenable : non seulement elle grignote toujours plus d’espace (selon Greenpeace, l’élevage bovin causerait à lui seul 80% de la déforestation en Amazonie), mais elle consomme une grande quantité de produits chimiques, d’eau et d’énergie (pour le transport notamment)…

Pour nourrir une population urbaine croissante tout en limitant l’impact de l’agriculture sur l’environnement, il faudrait regarder la ville non seulement comme espace dévolu à la consommation, mais comme lieu de production. En somme, il faudrait devenir lo-ca-vores ! Mais une fois posé ce principe de bon sens, le vertige nous saisit : où trouver l’espace nécessaire au développement d’une agriculture urbaine dans un contexte d’extrême rareté foncière et de flambée des prix ?… Pas de panique ! Les propositions fusent du côté des chercheurs, architectes, urbanistes et designers…

 

 

L’agriculture urbaine version roots : le potager urbain

Dans certaines métropoles, l’agriculture urbaine est déjà une réalité. C’est le cas de Detroit ou Montréal, villes célèbres pour leurs community gardens et autres potagers urbains que les citadins viennent cultiver en guise de passe-temps.

Jusqu'à présent, le manque d’opportunités foncières semblait condamner l’agriculture urbaine à demeurer un loisir pour bobos. Pourtant, les initiatives visant à en faire une activité commerciale rentable fleurissent ici et là. Parmi elles, la société LUFA, qui doit mettre en service sa première ferme début 2011. Imaginée par deux entrepreneurs comme le versant business des potagers urbains, cette serre de 2 900 m² juchée sur le toit d’un immeuble à Montréal est capable de fournir 2 000 familles en produits locaux. Les fruits et légumes y seront alimentés en eau de pluie et cultivés sans pesticides ni intrants chimiques, avant d’être distribués selon un modèle calqué sur celui des AMAP.

A Amsterdam, le designer Damian O’Sullivan planche sur la version mobile d’un tel dispositif : avec le projet Boatanic, il s’agit rien moins que de transformer les bateaux pour touristes en fermes flottantes…

 

L’agriculture urbaine high tech : les fermes verticales

Version extrême, limite S-F, de ces initiatives, les fermes verticales naissent depuis quelques années sous le crayon des architectes. On en doit l’idée originale à Dickson Despommier. Afin de concilier rareté du foncier et nécessité d’une production locale, ce chercheur américain de l’université de Columbia propose d’appliquer à l’agriculture les recettes des urbanistes : en optant pour la densité, il soutient qu’il est possible de produire fruits et légumes hors-sol sur de grandes surfaces.

Dans le sillage de Despommier, les projets de fermes verticales se sont multipliés depuis 5 ans. En 2006, les architectes néerlandais MVRDV imaginaient « Pig city », soit une tour de 80m de haut destinée à accueillir, dans un esprit très « animal friendly », quelques-uns des 15 millions de porcs produits chaque année aux Pays-bas.

 

 

L’an dernier, ce sont les Italiens de Studio Mobile qui concevaient Seawater. Destinée aux habitants de Dubaï, cette tour au design biomorphique propose de désaliniser l’eau du golfe persique pour irriguer les serres distribuées de part et d’autre d’une tige centrale (voir image ci-dessus).

 

L’autosuffisance alimentaire chacun chez soi

Quand certains architectes comme SOA ou Vincent Callebaut proposent de construire en hauteur de véritables usines à fruits et légumes, d’autres visent l’autonomie alimentaire à l’échelle individuelle et placent la production agricole au cœur de l’habitat. C’est le cas de Oogst. Ce collage architectural imaginé par l’architecte néerlandais Franck Tjepkema est à la fois une unité d’habitation, une centrale électrique et une ferme où sont produits œufs, fruits et légumes. Modulable, le projet se décline en fonction du nombre d’habitants…

 

 

Dans la même veine, Philips imaginait en 2009 une unité de « Home farming ». Soit une élégante biosphère composée de plantes, d’algues, de poissons et de déchets organiques permettant d’avoir à domicile légumes et protéines animales. Complément de ce potager high tech : une imprimante alimentaire ! Sur le modèle de la cuisine moléculaire, la « Food creation » vous permettra de déconstruire les aliments produits à domicile pour mieux les ré-assembler au gré de votre fantaisie…

 

L’agriculture urbaine version trash : utiliser les ressources locales

Tout bardés qu’on est de tabous alimentaires, on oublie que la métropole offre à ses habitants de nombreuses ressources. Le Guide to free farming imaginé l’an dernier par 5.5 vient nous le rappeler sur un mode franchement comico-trash. Une fois dressé l’inventaire de la flore et la faune parisienne (voir ci-dessous), les designers proposent au chasseur-cueilleur contemporain toute une gamme d’accessoires : pièges à rats, tenues de camouflage à enfiler pour chasser le pigeon, fiches-conseils pour tricoter la laine de chien, bacs d’élevage pour cafards…

 

La faune parisienne selon 5.5

 

5.5, A Guide to free farming

 

Totalement déjantés les 5.5 ? Pas tant que ça : à l’heure où la FAO se penche très sérieusement sur l’entomophagie comme remède possible à la malnutrition, il faut bien reconnaître que les insectes sont une excellente source de protéines et de lipides…