Mettre en circulation une monnaie locale, réapprendre des savoir-faire anciens, se passer de sa voiture, voici quelques unes des propositions soulevées par le mouvement des villes en transition, une démarche qui ambitionne de préparer la population à l'après-pétrole « en douceur ». Le mouvement, initié en Angleterre, a depuis traversé la Manche et diverses initiatives sont en train d'éclore en France. Présentation d'un phénomène qui prône la cure de désyntox' au pétrole.

La vie sans or noir

Pionnière et aujourd'hui vitrine de ce mouvement, Totnes, petite bourgade de 8000 habitants, est située au sud-ouest de la Grande-Bretagne. Depuis 2005, quelque 300 personnes se sont engagées dans la « transition ». L'idée centrale est ici d'envisager le « vivre mieux » en prenant en compte le pic pétrolier, les changements climatiques et la crise financière. Cette transition passe par une réduction de la consommation de pétrole, une relocalisation de l'économie et concerne tous les domaines de la vie quotidienne : alimentation, transports, santé, habitat, etc. Un des aspects centraux de la transition est celui de la résilience. La résilience est la capacité pour une communauté à absorber un choc sans s'effondrer et en ressortir plus fort. En bref, pour les transitionneurs, le changement ne doit pas être subi mais doit générer un flot d'actions positives, mis en place au niveau local. Le concept a été développé par Rob Hopkins, un enseignant en permaculture, qu'il a théorisé dans l'ouvrage « Transition Handbook ». Il y dresse une liste de 12 mesures qui permettent d'arriver au terme de la démarche, fixé en 2030 pour le Royaume-Uni. Un modèle qui a depuis fait des émules. On compte environ 250 initiatives de Transition dans une quinzaine de pays. En France, le groupe de transition est apparu en 2008 à Trièves, une communauté de 29 communes située au cœur des Alpes (8000 habitants sur 650 km2). Pour Pierre Bertrand, membre du comité de pilotage, « il n'y a pas un seul modèle à décliner. Totnes est une suggestion mais il est important de rester en cohérence avec les problématiques locales d'une ville, d'une population. Chacun doit pouvoir décliner ce concept en fonction de sa situation ».

Atelier de fabrication de cuiseurs solaires à Trièves

Conférences et ateliers pour sensibiliser

A Totnes, diverses initiatives ont vu le jour et se mettent progressivement en place : planter des arbres fruitiers, réapprendre à la population à cultiver un potager, réorganiser la production énergétique, développer les énergies renouvelables, favoriser les circuits courts, réintroduire la monnaie locale. Selon Pierre Bertrand, en France, une quinzaine de groupes sont aujourd'hui assez dynamiques et une bonne trentaine sont en cours de gestation. Sensibiliser le public aux problématiques liées au mouvement des villes en transition reste le point d'orgue des actions menées par le groupe de Trièves. « Nous avons mis en place quelques ateliers ponctuels et nous envisageons de proposer une formation de jardinage bio et de bricolage mais il s'agit surtout de communiquer à travers des réunions publiques, des forums, des manifestations et de se rapprocher d'associations déjà existantes pour avancer ensemble. Nous n'avons pas vocation à tout créer nous-mêmes. » Même situation pour la commune de Sucy-en-Brie en Ile de France qui a lancé une dynamique de transition en janvier 2010. «  On souhaite commencer par la création d'un verger communautaire, on a reçu l'accord de la ville. Un atelier sur les comportements alimentaires et notamment sur la viande est prévu», explique Marianne Grange, du comité de pilotage. Alors que le modèle anglais a déjà mis en place des monnaies locales pour favoriser les échanges locaux, la France est au stade des réflexions. « C'est très long de changer les modes de vie et les mentalités, déclare Pierre Bertrand. De plus, Totnes est devenu un cas atypique. De par sa qualité de ville pionnière, elle reçoit de nombreuses aides des pouvoirs publics. »

Un mouvement encore assez jeune

Sur ce point, l'intérêt en France des pouvoirs publics reste ponctuel et le fait de quelques élus déjà sensibles à ces questions. Pour Marianne Grange, qui reste positive dans ses déclarations, « les élus ne nous voient pas d'un mauvais œil, il s'agit d'activité citoyenne, on a notamment proposé d'être acteurs de l'agenda 21 local ». Autre limite : l'ampleur du mouvement reste malgré tout assez faible. Trièves, pionnier en France se connaît une cinquantaine de sympathisants, un chiffre assez similaire pour le mouvement de Sucy-en Brie. «  Dans le réseau, on voit souvent les mêmes têtes. Les transitionneurs sont en grande majorité des militants écologistes. Dans notre commune, le point de départ a été l'apparition quelques mois auparavant d'une Amap (association pour le maintien d'une agriculture solidaire) », évoque Marianne. Pour sa part, Pierre Bertrand estime qu'une certaine méfiance vis-à-vis de l'écologie perdure, de surcroit sur un territoire rural. Les différences ténues avec le mouvement de la décroissance expliquent peut-être en partie ce constat. « Il y a des termes qui se rejoignent comme la « sobriété » ou la « décroissance énergétique » mais la transition est plus ancrée dans le concret et tente de toucher tous les acteurs d'un territoire : élus, acteurs économiques, citoyens. « C'est un outil d'action à une échelle collective », souligne le membre du comité de Trièves. Alors, les villes en transition, utopiques? Entre Amap, jardins partagés et co-voiturage, le concept pourrait sembler peu innovantes même s’il a l'ambition d'apporter un cadre plus global à ces diverses initiatives et met en évidence un socle de préoccupation communes...

A lire : "Manuel de Transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale"  co-édité par Silence et Ecosociété. Édition en français publiée en novembre 2010.