Ciguë ce n'est pas que le nom d'une plante nocive dont Socrate a expérimenté les effets, c'est aussi le nom d'un jeune collectif de designers, scénographes et architectes d'intérieur qui propose une démarche multiple sans barrière ni limite. Portrait d'une nouvelle génération de « constructeurs ».
Les amateurs de design les connaissent peut-être déjà pour leur table vendue en exclusivité chez Merci faite de palettes de bois récupérées et pour la chaise d'écolier « 510 » revisitée en cuir. Ce goût pour les matériaux bruts les a ainsi amenés à se faire repérer par le branché concept-store Merci pour l'exposition sur le « Upcycling » qui se tenait en septembre à Paris. Le upcycling ? Une tendance en vogue qui vise à redonner une seconde vie, plus belle que la première, à des matériaux dits « pauvres ». En janvier prochain, ce sont deux nouveaux objets qui viendront compléter cette gamme : une bibliothèque faite de différents amas de boites insérées dans une structure et une table basse dont les piètements sont de vieux lits de camps militaires. « Pour nous, ce n'est pas à proprement parler le terme de upcycling qui nous intéresse mais plutôt le fait de travailler à partir d'objets qui ont déjà une histoire. On ne se positionne pas comme « écolos » car on n'a pas l'impression de changer la face du monde en récupérant des vieux lits de camps », expliquent Alphonse et Hugo, deux des membres du collectif.
Rencontrés au cours de leurs études à l'École d'Architecture de la Villette à Paris, ces six architectes, tous âgés d'une petite trentaine, Camille Bénard, Hugo Haas, Adrian Hunfalvay, Guillem Renard, Erwan Levêque et Alphonse Sarthout fondent leur structure en 2003. Au travers de leurs travaux, ils revendiquent une approche instinctive, qui part de choses simples, qui va à l'essentiel et emprunte de logique. Pour eux, le processus compte autant voire plus que le produit fini.
L'Archi durable vue par Ciguë
Cette conception se traduit également dans leurs projets de réhabilitations et de constructions. Ils se penchent actuellement sur une proposition de 5 maisons en bois en Roumanie qui devrait voir le jour en 2012. L'ensemble souhaite s'implanter en tenant compte de l'environnement. Est notamment prévu, des toits végétalisés et des toitures à pentes douces qui permettent aux maisons de se confondre dans le paysage. De la même façon que le collectif souhaite privilégier le savoir-faire local, ils s'intéressent également aux meilleurs ressources. « Si on a choisi ici d'utiliser le bois, c'est que l'on se trouve au cœur d'un espace qui le permet. Ce qui pourrait nous sembler une architecture durable, c'est une construction qui réponde aux logiques de lieux. Sur un terrain de bois, on utilise du bois, si c'est une région où l'on construit des maisons en pierre depuis des générations et où ce matériau est abondant, à quoi bon faire venir du bois de l'autre bout du pays ? », s'interrogent Alphonse et Hugo. Sur le sujet de la HQE et autres labels de certification « verte », ils se questionnent sur l'importance peut-être excessive de la technique. « Si la question technique est trop prédominante dans le projet, cela peut entraver le dialogue, on peut oublier le lieu, l'espace et les matières ». Logique et simplicité, encore.
Explorer de nouveaux champs d'action
Et cette vision de leur métier leur ouvre la voie pour aborder de nouvelles disciplines et ainsi expérimenter de nouveaux concepts et de nouveaux réflexes. Installé dans un atelier à Montreuil, le collectif refuse d'être réduit à une étiquette, quelle qu'elle soit. Architectes, plasticiens, maquettistes, menuisiers, artisans, leur formation d'archi ne les empêche pas de fricoter avec de nombreuses autres spécialités. « Aujourd'hui on aimerait aussi participer à des projets d'architecture en collaboration », soulignent les architectes. Aller visiter une scierie, construire eux-même une chaise et être actif sur un chantier : le collectif aime « mettre la main à la pâte », « pour le côté concret » et se refuse à suivre une quelconque stratégie markéting. Une polyvalence qui se traduit également au travers d'une esthétique DIY. Sur leur site, on retrouve ce qui ressemble à des modes d'emploi. « On veut pouvoir être capable de tout construire nous-même et cela pour empêcher un sentiment de dépossession, on aime comprendre comment les choses fonctionnent et pouvoir agir sur elles ». Ciguë travaille actuellement sur de nombreux projets comme l'aménagement à New York de la nouvelle boutique de mode DVF-Diane Von Furstenberg, la réhabilitation d'une grange dans le Morvan et envisage pour 2011 de participer à des concours d'urbanisme et de mobilier urbain. Sans barrière ni limite.
Photos : Bertrand Noël : www.bertrandnoel.com
Commentaires