A partir d’aujourd’hui, nous publions en plusieurs parties des extraits du mémoire de Vincent Girard, étudiant en troisième année de journalisme à l’ISCPA - Paris et rédacteur pour midi:onze. Ce dernier a choisi pour problématique : « Le journaliste environnemental face aux stratégies de communication / Quelles relations le journaliste environnemental entretient-il avec les associations, les scientifiques et les entreprises ? ». Voici le premier extrait sur la particularité de la communication des associations environnementales.
Le cas de Greenpeace
C’était le 2 décembre 2009, et l’événement avait tout intérêt à ne pas passer inaperçu. Pari réussi pour Greenpeace, dont plusieurs de ses militants avaient envahi ce mercredi les tribunes du public de l'Assemblée Nationale et interrompu un débat en cours sur le sommet climatique de Copenhague. Objectif officiel de l’association : « pousser les élus, et en particulier le premier d’entre eux, le président de la République, à passer à l’action. En alertant nos responsables politiques, nous sommes à notre place et dans notre rôle. » En réalité, les retombées médiatiques de l’opération auront surpassé les espérances les plus folles de la branche française de l’ONG. L’événement était en tête dans le sondage hebdomadaire de l'institut TNS-Sofres avec la plus forte UBM (Unité de Bruit Médiatique) le jeudi 3 décembre (L’UBM (Unité de Bruit Médiatique) est un outil de veille permanent de l'information qui s'impose comme le standard de mesure en temps réel de l'actualité. Il porte sur un périmètre pluri media de 80 supports et sessions d'information, en Presse, Radio et Télévision, généralistes et leaders en audience).
Présent ce jour-là à l’Assemblée, le journaliste d’Euractiv.fr Loup Besmond de Senneville précise le contexte dans lequel avait lieu le débat. « Les bancs étaient vraiment déserts. En plus, il s’agissait d’un système de débat sans vote. Les députés ne pouvaient pas se prononcer à la fin, donc c’était plutôt une coquille vide. » Reste que l’on peut s’interroger sur la nature même des retombées médiatiques liées à cette action. « C’est vrai que l’on a davantage parlé de l’action de Greenpeace que du sujet en lui-même. Mais c’est le mode d’action de Greenpeace. Et si cette association n’était pas intervenue, on n’aurait peut être jamais parlé de ce débat » explique Loup Besmond de Senneville.
La forme au détriment du fond ?
Ce même jour, Karine Gavand, chargée de campagne "Climat-Energie" à Greenpeace était l’invitée du journal télévisé du 13 heures de France 2. Dans son interview la journaliste Elise Lucet pose la question suivante : « Vous êtes coutumier des actions spectaculaires. N’avez-vous pas le sentiment parfois de plus faire parler de vous que des causes que vous défendez ? »
Réponse de Karine Gavand « On prend ce risque là, mais la plupart du temps, on arrive quand même à faire émerger notre message. Si l’on fait ce genre d’actions, ce n’est pas pour faire émerger Greenpeace. Si on peut se le permettre, c’est parce que l’on est indépendant politiquement et financièrement. Mais l’idée reste avant tout de porter un message, et c’est pourquoi je suis aujourd’hui sur ce plateau pour parler de Copenhague. Je pense que l’on va également parler (dans cette interview) des demandes que porte Greenpeace pour le sommet climatique. »
Par la suite, si Elise Lucet avait bien accédé à la requête de Karine Gavand (à savoir parler concrètement du sommet de Copenhague et des enjeux du sommet), cette partie n’aurait occupé que 40 secondes d’interview quand l’autre sujet abordé (l’action coup de poing dans l’hémicycle) aura pris deux minutes sur les deux minutes cinquante qu’aura duré l’interview.
Greenpeace aura réussi son coup
Dans le même sens, France Inter traitait le jeudi 3 février dans l’émission "duel du jour" le sujet de l’intrusion des militants de Greenpeace dans l’Assemblée Nationale . Autour de Nicolas Poincaré le présentateur de l’émission, Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération et Sylvie Pierre-Brossolette rédactrice en chef du service de politique intérieure de l'hebdomadaire Le Point. Pour cette dernière, « on a un peu fait d’une taupinière une montagne. L’affaire a pris des proportions ridicules. » De son côté, Laurent Joffrin était encore plus critique envers l’ONG : « On met sur le même plan une association qui ne représente personne si ce n’est qu’elle-même et des députés qui sont eux passés devant les électeurs. En l’occurrence, la légitimé du Parlement est totale alors que celle de Greenpeace est nulle. »
Malgré ces critiques, Greenpeace aura réussi son coup, en faisant largement parler d’elle (et de son combat) dans les médias. L’action, la provoc et les images chocs sont un savant mélange d’efficacité pour qui veut faire parler de soi. On touche bien là au problème qu’ont les associations environnementales pour exister sur la scène médiatique, et des questions qui se posent aux journalistes environnementaux pour traiter ce genre d’affaire. Pour autant, la tournure négative que prend souvent ce genre d’événement (plaintes, reconduites et arrestations...) favorise-t-elle également la transmission du message à l’opinion. Le risque demeure donc que les médias traitent davantage de la stratégie de communication que du message en lui-même.
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