Après la publication du premier, deuxième puis troisième extrait du mémoire de Vincent Girard, étudiant en troisième année de journalisme à l’ISCPA - Paris et rédacteur pour midi:onze, nous publions aujourd’hui la conclusion du mémoire. Vincent a choisi pour problématique : « Le journaliste environnemental face aux stratégies de communication / Quelles relations le journaliste environnemental entretient-il avec les associations, les scientifiques et les entreprises ? ».

 

« Les quakers (mouvement pacifiste) s’opposaient physiquement aux essais nucléaires en Alaska bien avant nous. En 1971, à la différence des quakers, Greenpeace a apporté dans son bateau une caméra, et deux journalistes. » C’est l’acte de naissance du journalisme environnemental que décrit ici Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. Au cours des trente dernières années, le journaliste environnemental s’est en effet progressivement fait un nom dans les rédactions.

Né avec les associations écolos dans les années 60 et 70, il s’est désolidarisé de ces dernières pour acquérir l’indépendance qui était nécessaire à sa reconnaissance. Aujourd’hui, la plupart des grandes rédactions ont créé des rubriques spécifiques liées à cette thématique environnementale, favorisée en cela par une "actualité verte" nationale ou internationale incontournable (Pollution, Grenelle de l’environnement, réchauffement climatique, sommet de Copenhague, problématique nucléaire…). Elles ont ainsi ouvert la brèche qui était nécessaire pour que les journalistes environnementaux puissent s’exprimer.

Mais en acquérant ses lettres de noblesse, le journaliste environnemental s’est aussi retrouvé confronté à ce qui fait le quotidien de la profession. Dorénavant, on n’hésite plus à remettre en cause son indépendance. Si elles se sont atténuées ces dernières années, les relations incestueuses avec les associations écolos sont encore présentes et la frontière entre "militant vert" et journaliste environnemental reste floue.

 

 

A l’inverse, si l’environnement est un thème qui fait aujourd’hui partie intégrante de l’actualité, il s’est progressivement dirigé vers des sujets plus consensuels, moins politisés. « Une sorte « d’écologie pratique sous forme de conseils » comme le décrit Olivier Nouaillas, journaliste à La Vie. Et si ce type d’information est tout à fait légitime, il ne doit pas faire oublier le cœur du métier de journaliste environnemental. « Il faut répondre à cette demande des citoyens de se comporter individuellement de façon éco-responsable explique Olivier Nouaillas. Mais le "local’ ne doit pas occulter le "global". Et les sujets conflictuels et préoccupants pour l'avenir de la planète (réchauffement climatique, OGM, pollutions de l'eau notamment) restent nombreux. Ils continuent de mettre en jeu des rapports de force, des lobbys puissants. D'où l'importance pour les journalistes environnementaux de continuer à défendre une information exigeante, contradictoire, faisant appel à l'enquête, au reportage et à l'investigation. (1) »

Aujourd’hui, le journaliste doit dénoncer les catastrophes écologiques tout en se félicitant des dernières avancées technologiques. Il doit trier le vrai du faux dans la communication à outrance des entreprises sur le thème de l’environnement. Des entreprises qui en tant qu’annonceur, participent à faire vivre ces mêmes journalistes… Il doit rapporter le travail des scientifiques sans pourtant être le porte-parole de ces derniers au risque de voir sa crédibilité remise en cause. Il doit présenter à ses lecteurs un produit écolo sans en faire la promotion.

L’équation n’est donc pas simple, mais c’est là une des spécificités de la presse et des médias en général qu’Eric Fottorino, Directeur du Monde perçoit de façon plus générale comme le principal enjeu du futur pour la profession « La presse survivra seulement si elle se concentre sur cette problématique. Comment l’information l’emporte sur la communication ? »



(1) Citation tirée d’un discours prononcé à l’occasion la Conférence internationale "Agir Ensemble pour Éduquer au Développement Durable" de Bordeaux, du 27 au 29 octobre 2008 et dont le rapport est téléchargeable ici.