Après un été marqué par la canicule et les incendies en Russie, les inondations dans le nord-ouest du Pakistan et le détachement d’un morceau de glace au Groenland, retour sur ces phénomènes climatiques avec Alain Mazaud, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE).
Les phénomènes climatiques extrêmes de l’été sont-ils des signes du changement climatique ?
Si l’on peut dire qu’il s’agit de signes du changement climatique, les liens exacts entre ces phénomènes particuliers et la tendance du réchauffement à long terme ne sont pas faciles à expliquer et à démontrer. Concernant un détachement d’un morceau de glace au Groenland, c’est un phénomène normal et naturel. Il faut donc plutôt se poser la question sur un plan statistique. Y’a-t-il davantage de phénomènes de ce genre ? S’agit-il de morceaux de glace plus gros ? C’est toujours difficile de faire un raccourci entre le détachement d’un seul iceberg et la tendance au réchauffement climatique même si de tels événements restent des indices du réchauffement.
On peut se pauser les mêmes questions à propos des événements en Russie. Il y a eu en effet un blocage météorologique qui a causé une importante vague de sécheresse. Cette dernière était due à un anticyclone qui a stagné un long moment vers Moscou. Ce n’est pas un phénomène extraordinaire en soit, mais la question reste la même. Ces phénomènes vont-ils se multiplier ? Vont-ils s’intensifier ? Bref, ce qu’il faut mettre en évidence, ce sont les liens entre la fréquence et l’amplitude de ces événements météorologiques extrêmes qui durent quelques jours voire quelques semaines et le réchauffement climatique.
Ces phénomènes vont-ils se multiplier dans les années à venir ?
C’est difficile à dire car cela dépend des phénomènes. On se pose par exemple cette question sur la fréquence des cyclones. Dans les Caraïbes, la formation des cyclones est liée à la température de surface de l’océan. Or, si l’océan a une tendance à se réchauffer, cela favorise automatiquement la formation de ces cyclones. Donc, on peut penser que ce genre d’événements aura tendance à se multiplier. En ce qui concerne la canicule de l’été 2003 en France, il s’agissait là aussi d’un phénomène extrême, d’une forte fluctuation de température par rapport à la moyenne. Or, puisque la moyenne augmente, on peut penser que l’extrême chaleur de 2003 sera atteinte, voir dépassée, de plus en plus souvent. On pense que vers 2050, il sera assez courant d’avoir des étés comme celui de 2003.
Enfin, on observe depuis des années la surface de la banquise en fin d’été. Il apparaît clairement une tendance à la diminution de sa surface en septembre. On pense même que dans quelques années ou quelques décennies, il y aura une période à la fin de l’été où la totalité de la glace de mer disparaîtra pour se reformer ensuite en hiver.
Qu’attendez-vous de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat, à Cancun en décembre ? Ces phénomènes climatiques ne peuvent-ils pas inciter les dirigeants de la planète à agir davantage pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?
Evidemment, ces conférences sont importantes, même si celle de Copenhague n’était pas un franc succès. Il est important que les scientifiques et les politiques se rencontrent. Ces conférences ont le mérite de prouver que les dirigeants sont concernés par ce sujet. Ils ont pris progressivement conscience des enjeux climatiques, mais également des difficultés qu’ils y avaient à changer les choses, en particulier sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’autre part, il est important de souligner que certaines décisions doivent être prises à une échelle internationale. C’est à ce niveau que la problématique du réchauffement climatique doit être abordée.
Ensuite, il faut espérer que les mesures adoptées à Cancun seront plus concrètes que celles de Copenhague. Et même si les résultats de ces conférences ne sont pas toujours ceux espérés par les scientifiques, il faut déjà se féliciter qu’elles aient lieu.
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