Ce bourdonnement si caractéristique a disparu, et seule la reine trône au milieu de la ruche, entourée des quelques abeilles récemment écloses, ou parfois d’un tapis de cadavres. Depuis quelques années, ce cauchemar pour apiculteurs se répète. Sans explication, une ou plusieurs ruches se vident soudainement de leurs habitantes.

Ce phénomène de disparition n’est pourtant pas nouveau. Des textes des années 950, 992 et 1443 décrivent ainsi les mêmes faits. En 1869, c’est l’Université de Pennsylvanie qui rapporte des disparitions de colonies à grande échelle aux Etats-Unis, au Mexique, en Australie, en France, en Suède et en Allemagne.

Mais si la chute du nombre d’abeilles n’avait pas été mesurée jusque-là, le cri d’alarme des apiculteurs du monde entier lancé en 2006 a poussé les pouvoirs publics à réagir et les scientifiques à expliquer le phénomène.

 

Des chiffres inquiétants

En France, l’AFFSA a publié en novembre 2008 un rapport intitulé "Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d’abeilles ". Ce dernier rapporte que la surmortalité des abeilles « n’est pas contestable » et qu’elle atteint des taux « de 30 à 40 % avec des exemples quotidiens de destruction totale du cheptel ». « La profession apicole a estimé à 22 % la baisse de production nationale de miel entre les années 1995 et 2001 ». Une baisse qui s’est poursuivie dans les années suivantes au regard de la production de miel, passant de « 32 000 tonnes en 1995 à 20 000 tonnes en 2005 ».

Au niveau européen, une enquête menée par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) dans 13 Etats a permis de dénombrer que « neuf d’entre eux ont déclaré une mortalité supérieure à 10 % de leurs colonies d’abeilles ».

Enfin, aux Etats-Unis, la fronde médiatique menée par David Hackenberg, un apiculteur de Floride ayant perdu 450 000 dollars à cause de la disparition en 2006 de 85 % de ses abeilles (dans 3000 de ses ruches), a mis en lumière la gravité du phénomène. Outre atlantique, ce sont même plus de 1,5 millions de colonies qui auraient disparu en quelques mois.

« Il existe plusieurs raisons à cette disparition des abeilles, explique Bernard Vaissière, chercheur à l'INRA et responsable de l’unité "Abeille Environnement". Les principales d’entres elles sont les prédateurs et les maladies, la raréfaction de leur alimentation par manque de fleurs, la raréfaction des sites de nidification et les pesticides. » 

Ainsi, l’acarien Varroa destructor est souvent pointé du doigt. Ce parasite affaiblit le système immunitaire des abeilles, les rendant plus sensibles aux maladies. Dans ce cas, on retrouve souvent un tas d’abeilles mortes devant la ruche et une analyse en laboratoire peut prouver la présence d’insecticides dans les cadavres. Dans son rapport, l’Afssa précise toutefois que ces accidents phytosanitaires se raréfient en France, « traduisant à la fois de meilleures pratiques agricoles et une tendance chez les éleveurs d’abeilles domestiques à moins déclarer d’éventuels incidents. » Egalement en cause, l’utilisation abusive des agents chimiques comme les produits phytopharmaceutiques ou la diminution de la biodiversité par l’agriculture intensive. Reste qu’il ne s’agit ici que d’hypothèses, car les études scientifiques sur la question sont encore trop peu nombreuses.

 

Des réponses publiques européennes et françaises et des initiatives privées

Pour parer à ce manque de connaissance sur le sujet, un groupe de chercheurs du Centre de recherche sur l’abeille de Liebefeld-Posieux en Suisse, a obtenu en 2008 un financement Européen sur quatre ans afin de créer un réseau international de collaboration sur les pertes d’abeilles domestiques, associant scientifiques, apiculteurs et industriels de 27 pays. Ce réseau baptisé Coloss aura entre autres comme objectifs d’identifier l’ensemble des agents pathogènes affectant les abeilles et de mettre au point des méthodes d’évaluation de l’état du cheptel d’abeilles domestiques en Europe. De son côté, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) a édicté en février 2009 des mesures pour éviter la perte de services fournis par les colonisateurs à l’alimentation et l’agriculture.

En France, le rapport de 2008 préconise la mise en place de quatre mesures :

1) La création d’une filière de reproduction d’abeilles reines pour assurer le renouvellement du cheptel et limiter le risque d’importation d’espèces invasives.

2) la définition d’un statut de l’apiculteur, distinguant l’apiculteur de loisir de l’apiculteur professionnel.

3) la création d’une plate-forme de travail selon le modèle du Comité opérationnel du Grenelle de l’environnement "Agriculture et alimentation biologiques". Celui-ci regrouperait l’ensemble des acteurs concernés par la filière.

4) la création d’un Institut technique et scientifique de l’abeille, chargé d’élaborer et d’analyser les programmes de recherche de la filière.

Plus que des mesures spécifiques qui viendront probablement plus tard, les pouvoirs publics cherchent donc d’abord à mesurer encore mieux la mortalité des abeilles et surtout à en évaluer encore plus concrètement les causes.

A une plus petite échelle, certaines initiatives ont pourtant déjà été prises, comme la pose sur 250 kilomètres d’accotements routiers d’espèces végétales mellifères afin d’offrir de nouvelles ressources florales aux abeilles. Un dispositif qui devrait s’étendre sur l’ensemble du réseau routier national dans les trois années à venir. Enfin, certaines initiatives privées sont également à souligner à l’image de la "banque du miel" d'Olivier Darné (voir notre article)

Suffiront-elles à empêcher la disparition des abeilles ? C’est à espérer, si l'on veut éviter ce qui est arrivé dans la province du Sichuan (Chine), où la totalité de ses abeilles a disparu, obligeant les agriculteurs à les remplacer.



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